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Une accusation qui ne déshonore pas Nicolas Sarkozy, mais la justice

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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Dans un livre qui parait cette semaine, la juge Isabelle Prévost-Desprez affirme qu'un témoin lui aurait confié, hors procédure, que le président de la République avait reçu de l'argent de Mme Bettencourt. Une accusation qui ne déshonore pas Nicolas Sarkozy, mais la Justice.

Le procédé est aussi douteux que l’accusation elle-même. Nous sommes dans un cas inouï, d’emballement médiatique fondé sur du vent. Une magistrate prétend – non pas dans un rapport ni dans un jugement, mais dans un livre – que deux personnes auraient confié que Nicolas Sarkozy aurait reçu de l’argent. On ne dit ni quand ni comment. La seule chose que l’on sait, c’est qu’elles n’ont pas voulu l’inscrire sur un procès-verbal, de sorte que leurs prétendues déclarations – que l’un de ces deux « témoins » dément, d’ailleurs – n’ont aucune valeur. Elles ne devraient donc avoir aucune portée. Il n’empêche que la presse les relaie comme s’il s’agissait d’une vérité établie. Eh bien c’est non seulement déraisonnable, mais déloyal. Et déshonorant.

Mais ce que dit la juge Prévost-Desprez, c'est que ces témoins ne voulaient pas apparaître parce qu'ils avaient peur des représailles… Vous ne la croyez pas ?

C’est une tromperie manifeste. Ce que dit Mme Prévost-Desprez, c’est que les « témoins » dont elle parle n’ont pas voulu faite de dépositions officielles. Si on croit un minimum en la justice – et on peut espérer que c’est le cas d’un juge –, on doit considérer qu’une déposition qui n’a pas d’existence formelle n’existe pas du tout. Sans quoi, c’est une porte ouverte sur l’arbitraire et la calomnie. Dans cette affaire, ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui doit être défendu mais les principes.

La particularité, c'est qu'il s'agit du président de la République. Est-ce qu'on ne peut pas penser qu'il bénéficie de protections telles qu'aucune enquête n'est vraiment possible contre lui ?

Il faudrait être tombé sur terre après un accident de soucoupe volante pour croire qu’on ne peut pas enquêter en France sur le président. La Constitution interdit de le poursuivre ou de l’entendre tant qu’il est en fonction. Mais tout le monde sait par exemple qu’il y a une enquête sur l’attentat de Karachi où il est question de son rôle dans la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Dans l’affaire Bettencourt, si la juge avait eu des éléments, rien ne lui interdisait d’en faire état dans sa procédure. Elle ne l’a pas fait. Le président de la République est peut-être juridiquement inattaquable, mais la juge, elle, est manifestement indéfendable.

Est-ce que Nicolas Sarkozy n'est pas victime des nombreuses critiques qu'il a portées contre les juges depuis son élection ?

Certainement. Mais les excès qu’il a pu commettre ne justifient pas la disproportion des attaques contre lui. Aucune autre personnalité en France ne serait attaquée publiquement sur la base d’éléments aussi flous et aussi discutables. Paradoxalement, c’est moins dangereux de l’attaquer lui parce qu’on sait qu’il ne déposera pas plainte – ça lui a été trop reproché au début de son mandat. En France, la justice est moins indépendante qu’il ne le faut, mais plus qu’on ne le dit. Dans l’affaire Bettencourt, il faut rappeler que la juge Prévost-Desprez a certes été victime des manœuvres du procureur Courroye, qui s’est conduit comme l’homme de l’Elysée. Mais elle a été dessaisie du dossier par la Cour de cassation, dont les magistrats sont indépendants. La réalité, c’est que, comme tous ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy a essayé d’avoir un contrôle sur les affaires sensibles. Comme tous ses prédécesseurs, il y est parfois arrivé. Et plus qu’aucun de ses prédécesseurs, ça lui a attiré la détestation des juges. Mais ça ne leur donne pas plus qu’à lui le droit de détourner leurs pouvoirs.

Ecoutez ci-dessous "Parti pris" de ce jeudi 1er septembre 2011 avec Hervé Gattégno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno