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Uniforme à l'école, retraites... Brigitte Macron doit-elle autant se saisir de sujets politiques?

Brigitte Macron s'est prononcé pour le port de l'uniforme à l'école, prenant à contre-pied le ministre de l'Éducation nationale et provoquant une levée de boucliers de l'opposition de gauche s'étonnant que la Première dame s'exprime sur un sujet si politique.

Une Première dame très présente. Après avoir assuré aux plus jeunes qu'ils bénéficieraient bien d'une retraite en marge de la réforme engagée par le gouvernement, la Première dame Brigitte Macron se prononce désormais pour le port de l'uniforme à l'école: "Je suis pour le port de l'uniforme à l'école, mais avec une tenue simple et pas tristoune", a assuré la Première dame dans les colonnes du Parisien.

"Ça gomme les différences, on gagne du temps, car c'est chronophage de choisir comment s'habiller le matin, et de l'argent, par rapport aux marques", a-t-elle assuré en marge de la promotion de l'opération pièces jaunes.

Quelques jours plus tôt sur le plateau de TF1, Brigitte Macron avait été questionnée sur plusieurs sujets d'actualités dont la brûlante réforme des retraites: "Tout est fait pour que vous ayez une retraite", avait-elle répondu en s'adressant aux plus jeunes.

Deux sorties rapprochées qui questionnent sur le rôle de la Première dame. Si Yvonne De Gaulle et Claude Pompidou étaient restées discrètes, Anémone Giscard d'Estaing plutôt effacée, le rôle de la Première dame a changé avec Danielle Mitterrand: "Je ne suis pas une potiche", avait-elle assuré à son arrivée à l'Elysée en 1981 avant de s'engager pour les droits de l'homme, du Tibet au Mexique. Bernadette Chirac, elle-même élue de Corrèze avait toujours milité allant jusqu'à soutenir Nicolas Sarkozy à l'encontre de l'avis de son mari.

"J'ai dû rater un remaniement"

Mais aujourd'hui, la sortie de Brigitte Macron provoque une levée de bouclier dans les rangs de l'opposition. "Ce n'est pas son rôle, elle n'a pas été élue démocratiquement", assurait Clémentine Autain mercredi sur RMC et BFMTV. "La digue s'est effondrée", a jugé de son côté la cheffe de file des Verts Marine Tondelier, faisant un lien entre les propos de la Première dame sur le port de l'uniforme et la proposition de loi du RN à ce sujet à l'Assemblée nationale.

"J'ai dû rater un remaniement, au vu de la nouvelle ministre de l'Éducation nationale", ironise ce jeudi sur Twitter Hadrien Clouet, député de la Nupes.

"Doit-elle être cantonnée à porter de jolies tenues"

"Je ne comprends pas la polémique", assure de son côté Thierry Moreau spécialiste des médias. "Elle répond à une question qu'on lui pose, cela n'engage qu'elle. Elle a un vécu, une histoire, un parcours, elle témoigne, elle est libre", rappelle-t-il sur RMC et RMC Story.

"Si elle avait botté en touche, on aurait dit au mieux que c'était une potiche, au pire qu'elle ne dit rien pour ne pas gêner le gouvernement. L'épouse du président de la République doit-elle être cantonnée à porter de jolies tenues et accueillir les chefs d'Etat étrangers?", interroge-t-il.

Pap Ndiaye fragilisé?

Certaines voix notent cependant que sa sortie sur le port de l'uniforme à l'école intervient quelques jours après une prise de parole du ministre de l'Éducation nationale à ce sujet. "Imposer le port de l'uniforme à tous les élèves, c'est 'non'" avait en effet assuré le 3 janvier dernier Pap Ndiaye sur RMC et BFMTV, ajoutant ne pas vouloir "de loi sur le sujet".

"Cette intervention de Brigitte Macron dans le champ du ministre ne va pas lui faciliter la tâche en terme de communication politique", affirme Arnaud Benedetti, professeur associé en histoire de la communication à Paris qui rappelle que la Première dame "n'existe pas institutionnellement".

"C'est Emmanuel Macron en 2017 qui a voulu clarifier le rôle de l'épouse du président de la République en publiant une charte qui n'a aucune valeur juridique et constitutionnelle. Mais cette charte dit que la Première dame a un certain nombre de missions et a aussi la possibilité de s'exprimer, notamment sur l'éducation", note-t-il.

"Mais la femme du Président de la République n'ayant pas de statut ni de légitimité politique, pose problème. Elle prend position sur un sujet qui n'est pas celle du ministre. Quelle est donc la pensée du président de la République sur ce sujet?", interroge Arnaud Benedetti.

Si la proposition de loi du RN sur le port de l'uniforme à l'école a déjà été rejetée mi-décembre, le sujet est de retour ce jeudi à l'Assemblée nationale. Et du côté de la majorité, malgré les réticences du ministre de l'Éducation nationale, un groupe de travail sur le sujet a été lancé par les députés Renaissance.

Dans son programme pour la présidentielle de 2022, Marine Le Pen se prononçait pour un retour de l'uniforme au primaire et au collège, a contrario d'Emmanuel Macron qui ne se prononçait à l'époque pas sur le sujet.

G.D.