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Villepin est désormais libre... de ne pas se présenter en 2012

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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Définitivement relaxé dans l'affaire Clearstream, Dominique de Villepin a déclaré hier mercredi qu'il sortait « renforcé de cette épreuve et plus déterminé que jamais à servir les Français ». Libre oui, libre de ne pas se présenter à l'élection présidentielle.

Paradoxalement, cet épilogue – qui n’est pas une surprise pour ceux qui avaient suivi le procès –, ce happy end judiciaire prive Dominique de Villepin à la fois de sa principale source de motivation et de son meilleur argument de campagne. La motivation, c’était la vengeance : si Dantès n’est pas jeté au château d’If, pas de comte de Monte Cristo. Donc sa relaxe prive Villepin de ce ressort très romanesque. Et l’argument qu’il a perdu, c’est la dénonciation du complot, de la justice aux ordres, de l’oppression sarkoziste – ce qui l’a beaucoup inspiré depuis 5 ans. Si les juges lui donnent raison, c’est bien qu’ils sont indépendants du pouvoir, non ? Maintenant qu’il n’est plus accusé, il n’est plus victime non plus.

Dans l'affaire Clearstream, il n'y a donc pas eu de machination politique ?

La cour d’appel dit que la preuve de sa participation à un délit de « dénonciation calomnieuse » n’a pas été rapportée. Il est donc relaxé et c’est normal. Ce que l’enquête a établi, c’est une machination dont N. Sarkozy n’était pas la seule victime, mais dont il était bien une des victimes. Et un comportement de Villepin pour le moins duplice, sournois, peu en rapport avec ses grands discours sur l’honneur et la démocratie. Disons qu’on a vu Fouché percer sous Bonaparte (et les accusations, certes sans preuve, de Robert Bourgi ne font que renforcer l’impression…). Mais les arrière-pensées politiciennes ne sont pas nécessairement des infractions pénales. Sans quoi il faudrait agrandir les prisons…

S'il a essayé de nuire à Nicolas Sarkozy dans l'affaire Clearstream, est-ce qu'on ne peut pas penser que Dominique de Villepin voudrait encore le faire en 2012 ?

Rien n’interdit de le penser, en effet. Mais ça ne passe pas forcément par une candidature. Villepin peut nuire par la parole – il sait être brillant et bruyant. Son problème, c’est qu’il ne peut plus justifier une candidature présidentielle autrement que par la volonté de faire battre Sarkozy. On ne voit pas ce qui le distingue sur le fond à la fois de la politique actuelle, des positions de F. Bayrou ou de J.-L. Borloo. D’ailleurs son mouvement, République solidaire, ressemble plus à un commando qu’à l’armée impériale. Beaucoup de ses soutiens l’ont quitté. Il n’est pas sûr du tout de trouver facilement les 500 signatures pour se présenter. Et s’il les trouve, il est sans doute trop orgueilleux pour risquer de finir avec 5% des voix.

A l'inverse, est-ce qu'on peut envisager une réconciliation avec Nicolas Sarkozy ?

C’est difficilement imaginable. Pas parce qu’ils sont trop différents mais justement parce qu’ils ont plus de points communs qu’on ne le croit. Sarkozy et Villepin sont des égotistes forcenés. Ils veulent soumettre plus que rassembler – on est avec eux ou contre eux. Villepin n’aime pas les élections, il rêve d’un plébiscite. En 2012, la présidentielle sera peut-être plébiscitaire, mais il n’y sera pour rien : il y a toutes les chances que ce soit un vote pour ou contre Sarkozy. A défaut de l’affronter, il pourra toujours voter contre lui.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce jeudi 15 septembre 2011 avec Hervé Gattégno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno