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Zemmour et les prénoms: "Dès que j’ai utilisé Philippe au lieu de Farid, les problèmes se sont envolés"

Eric Zemmour en novembre 2015 à Paris.

Eric Zemmour en novembre 2015 à Paris. - Bertrand Guay / AFP

Invité de BFMTV et RMC vendredi, Eric Zemmour a estimé que ceux qui ne donnent pas un prénom de "tradition française" à leur enfant se "mettent en dehors du groupe et le groupe ne les reconnaît pas comme Français".

"Zemmour n’a pas raison à 100%, mais il n’a pas non plus entièrement tort, répond Farid. Ou Philippe. Ce chef monteur vidéo son et image de 58 ans, qui peut jouir des deux prénoms à l’état civil, explique à RMC.fr pourquoi il a décidé de ne se servir quasiment exclusivement du prénom ‘’Philippe’’.

"Moi l’air de rien, j’ai de la chance. D’abord mon nom fait Français, il passe à l’aise. Ensuite, je suis arrivé en France en 1962, à une époque où on n’était pas nombreux. Dès que je suis arrivé mon père m’a dit ‘maintenant tu t’appelles Philippe, point barre’. Dans ma classe, j’étais le seul enfant issu de l’immigration, donc ça allait, à part un prof débile de temps en temps… Mais à cette époque, et jusqu’à la fin des années 1970, ça ne me paraissait pas difficile. Mais ça s’est aggravé ensuite dans la vie professionnelle.

"Mon prénom arabe était rayé d’un gros trait rouge. J’ai compris"

En 1979, je tente le test psychotechnique pour devenir contrôleur SNCF, que je réussis. On me présente à mon futur chef de service qui m’explique que je vais commencer le 1er septembre 1979. Je pars en vacances en Espagne, je fais suivre mon courrier et j’ai la désagréable surprise de recevoir une lettre qui me dit qu’ils ont pris trop de candidats par rapport au nombre de places. Je vais à Gare du Nord au centre où j’ai passé le test, on sort ma fiche: mon prénom arabe était rayé d’un gros trait rouge. J’ai compris.

J’ai utilisé Philippe après mes 4 ans dans la police nationale, en 1984. A partir de ce moment-là, j’ai très peu utilisé mon prénom Farid dans le travail. J’ai anticipé. Et dès que j’ai utilisé le prénom Philippe au lieu de Farid, les problèmes se sont envolés. Je passais pour un Italien ou pour un Espagnol. Si j’avais utilisé Farid c’était autre chose. Je conseille à tous les gens qui rencontres ces situations de faire comme moi! Tout en gardant leur identité, bien sûr. Le problème c’est qu’on est dans une période trouble où l’amalgame se fait vite. Pour un seul qui fait mal, tout le monde paie. On peut être 100.000 à faire des trucs biens, on ne verra que le mec qui a fait mal. 

Bien sûr que s’appeler Farid, Mohamed, Zinédine ou Fatima ça n’empêche pas d’être aussi Français que n’importe qui. Mais malheureusement, depuis quelques années, c’est devenu un boulet. Je ne sais pas où on a loupé le virage en France, mais à un moment donné, on s’est perdu. Dans mon métier, aujourd’hui tout le monde me connaît comme Philippe, pas comme Farid."