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Procès de Jacqueline Sauvage, qui a tué son mari violent: "un acte de survie"

Ouverture du procès en appel de Jacqueline Sauvage, condamné à dix de prison après avoir tué son mari violent et incestueux. (Photo d'illustration)

Ouverture du procès en appel de Jacqueline Sauvage, condamné à dix de prison après avoir tué son mari violent et incestueux. (Photo d'illustration) - AFP

TEMOIGNAGE - Jacqueline Sauvage a été condamnée en octobre 2014 à dix ans de prison pour avoir tué son mari, violent et incestueux, de trois coups de fusil automatique. Alors que s’ouvre ce mardi son procès en appel, RMC a recueilli le témoignage de la fille du couple.

Ce mardi, le très attendu procès en appel de Jacqueline Sauvage, condamnée en octobre 2014 à dix ans de réclusion pour le meurtre de son mari, s’ouvre ce mardi devant les assises de Blois. Cette femme de 67 ans, qui dort à l’ombre depuis un an, derrière les barreaux de la prison d’Orléans, a tué son mari violent et incestueux, après 47 années de vie commune et de terreur, de trois coups de fusil dans le dos en septembre 2012, près de Montargis, dans le Loiret.

Sa condamnation, lors de son premier procès, avait provoqué l’indignation aux quatre coins de la France et sur Internet. Car Jacqueline Sauvage, qui est apparue taiseuse voire insensible en première instance, est devenue l’incarnation de ces femmes battues sous emprises, incapables de se séparer de leur bourreau et qui finissent, un jour, par commettre l’irréparable.

"Il la terrifiait", raconte sa fille

RMC a recueilli le témoignage de Sylvie Marot, la fille de l'accusée et de Norbert Marot, la victime. Elle espère que la cour d'assises va comprendre ce qu'a enduré sa mère.

"Ce qu’on attend de ce nouveau procès, c’est qu’on nous écoute, qu’on nous comprenne", espère-t-elle ce mardi au micro de RMC. En première instance, poursuit-elle, "on ne nous a pas spécialement compris. Quand on n’a pas vécu cette situation, c’est difficile de le comprendre".

Et Sylvie Marrot dresse le portait terrifiant de celui qu'elle n'appelle plus son père, un être alcoolique et ultraviolent.

"Il était capable de tout, elle avait super peur de son mari, il la terrifiait", raconte-t-elle. "Nous, on a quand même vu des violences physiques, des violences - on va dire - sexuelles aussi. On était ses punching-balls".

"Elle a été prisonnière toute sa vie"

Sa mère, plaide-t-elle, n’a fait que sauver sa propre peau.

"Pour moi, oui, c’est plus de la défense", insiste-t-elle. "Ce qu’on voudrait avoir, c’est avoir une vraie justice. Que l’on comprenne la vie que l’on a eue. Qu’ils l’acquittent ou du moins qu’ils la fassent sortir de là puisqu’elle a été prisonnière toute sa vie".

Janine Bonaggiunta, l'avocate de Jacqueline Sauvage, raconte à RMC à quel point sa cliente aborde ce nouveau procès avec difficulté. "Elle est terrorisée d’avoir encore à s’expliquer, encore à se livrer. Elle se demande si on va la comprendre, si elle va pouvoir s’exprimer", relate-t-elle.

"Vous savez, elle a vécu 47 ans de silence. C’est difficile de se livrer lorsque l’on a appris à se taire. Ca a joué en sa défaveur, le fait qu’elle ne soit pas l’image type de la victime, qui pleure et qui parle", poursuit son avocate. "Ca n’est pas une meurtrière, telle qu’on la conçoit. Elle s’est uniquement défendue. Si vous voulez, elle s’est comportée comme un otage avec son bourreau. Donc lorsqu’elle a pu fuir, elle a choisi le moyen qu’elle pouvait. En quelque sorte, elle a commis cet acte, mais c’est un acte de survie".

Ses avocates espèrent cette fois que la cour reconnaîtra que Jacqueline Sauvage n’est passée à l’acte que dans un geste de défense, après une énième journée de coups qui se sont abattus sur elle. Un geste que les jurés, en première instance, avaient refusé de reconnaître.

C. P. avec Aurélia Manoli