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Projet d'attentat déjoué: à Orléans, un proche des suspects confirme qu'ils s'étaient radicalisés

On en sait un peu plus sur le parcours des deux jeunes gens qui prévoyaient de commettre un attentat à Orléans. (Photo d'illustration)

On en sait un peu plus sur le parcours des deux jeunes gens qui prévoyaient de commettre un attentat à Orléans. (Photo d'illustration) - AFP

ENQUETE RMC - Quel a été le parcours de Karim et Rodrigue, les deux jeunes gens qui projetaient de commettre un attentat à Orléans? RMC s'est rendue dans le quartier de l’Argonne, et s'est longuement entretenue avec un proche des deux suspects.

On en sait un peu plus sur le parcours des deux hommes âgés de 24 et 25 ans qui projetaient de commettre un attentat à Orléans (Loiret). Le premier, Karim, un Franco-marocain de 25 ans, habitait le quartier de l'Argonne, un quartier sensible d'Orléans. Il était connu des services de police pour des affaires de vol ou de violence. Ses voisins évoquent un trafic de drogue qu'ils pouvaient observer depuis leurs fenêtres.

Quant à son complice Rodrigue, ce Franco-togolais de 24 ans était inconnu des services de police. Issu d'une famille de confession catholique, le jeune homme s'était converti à l'islam quelques mois auparavant.

Deux amis qui se sont radicalisés ensemble

Les deux hommes projetaient d'attaquer le commissariat central, une caserne militaire et une gendarmerie. La DGSI les a interpellés le soir du 14 décembre, craignant une attaque imminente. Ils ont été mis en examen pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste.

Quel a été le parcours de ces deux jeunes à Orléans? Comment se sont-ils radicalisés? RMC a enquêté à Orléans et a rencontré Mohammed, un ami proche de Karim et une connaissance de Rodrigue.

Dans le quartier de l’Argonne, les résidents parlent discrètement de Karim et de ses projets d'attentat déjoués. Mohammed le connaît depuis dix ans, et sa radicalisation ne l’étonne pas tant que cela. Il a vu son ami changer au fil des années.
"Pendant un moment, il ne parlait à personne" témoigne Mohammed au micro de RMC. "Ici, avant, il traînait avec plein de monde et il les a laissés".

Petit à petit, Karim s’est isolé et a perdu ses amis. Il n'est resté proche que de Rodrigue, l'autre suspect interpellé.

"Ils étaient tout le temps ensemble, ils se suivaient mutuellement", raconte encore Mohammed.

"On m'a même acheté un billet pour aller en Syrie"

Les deux hommes, a-t-il remarqué, tenaient parfois des propos radicaux. "Ils disaient toujours: 'moi, un jour, je vais faire exploser le commissariat", se remémore Mohammed.

"Quand [les policiers] passaient à côté, ils prenaient des pierres et me disaient: 'viens, on les caillasse'. Même Rodrigue m'a dit: 'en Syrie, j'ai envie d'y aller'".

Pour Mohamed, c’est certain: Karim et Rodrigue ont été manipulés. Lui-même affirme avoir été approché par un recruteur jihadiste.

"On m'a même acheté un billet pour aller en Syrie, mais je ne l'ai pas accepté", explique-t-il. Qui est ce "on"? "Un mec que je connais, qui m'appelait tous les jours", répond Mohamed. "Il a envoyé deux de mes potes, mais moi, je connais le Coran, il a laissé tomber l'affaire".

Les deux mis en examen étaient vraisemblablement en lien avec un jihadiste français en Syrie, lui-même originaire du Loiret. L’enquête devra déterminer si cet homme était derrière ce projet d'attentat.

C. P. avec Romain Poisot