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Propos de Macron sur les chômeurs: "Il devrait se reconcentrer sur le peuple"

Au Pôle emploi du 15ème arrondissement de Paris, les propos de Macron ne passent pas

Au Pôle emploi du 15ème arrondissement de Paris, les propos de Macron ne passent pas - AFP

"Si j'étais chômeur, je n'attendrais pas tout de l'autre, j'essaierais de me battre d'abord", a lancé Emmanuel Macron, mercredi matin sur BFMTV et RMC alors qu'il lui était demandé comment il se sentirait s'il était chômeur aujourd'hui. Des propos qui passent très mal auprès des chômeurs…

Inspiré par la célèbre phrase de Lionel Jospin de 1999, "l'Etat ne peut pas tout", le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a lâché, mercredi sur BFMTV et RMC, que "s'il était chômeur, il n'attendrait pas tout de l'autre. Il essaierait de se battre d'abord". Mais entre mépris et ignorance, cette petite phrase du ministre passe très mal auprès des chômeurs. C'est en tout cas ce qu'a pu constater RMC au Pôle emploi du 15ème arrondissement de Paris.

"Ce genre de personne, à mon avis, fréquente trop les hautes atmosphères. Mais en atmosphère normale et bien c'est bien compliqué de respirer", ironise l'un d'eux. "Il devrait se reconcentrer un petit peu sur le peuple et il s'apercevrait bien que les Français veulent travailler mais malheureusement ils ne peuvent pas à l'heure actuelle", conseille un autre.

"Si j'étais président…"

Une mère de famille venue pour sa fille, se montre plus véhémente: "J'aimerais bien le rencontrer et lui présenter ma fille et lui dire 'Voilà, elle est là ! Bac +5, voilà ces diplômes Monsieur !'". Et d'ajouter, écœurée: "Cela va faire deux ans qu'elle est en stand-by. Elle est en train de se battre et il n'y a rien, rien à l'horizon !" "On peut dire qu'il a du culot. Il n'arrive pas à accomplir ses propres objectifs et il vient donner des leçons", estime ce sans-emploi.

Et un autre de se mettre à rêver: "Si j'étais président, je pense qu'il passerait un sale quart d'heure". Sur la douzaine de chômeurs rencontrée, seul Alain se dit d'accord avec Emmanuel Macron. "Il faut se battre dans la vie. Moi je n'ai jamais rien attendu d'un politicard (sic). Ce n'est pas lui qui me donne mon salaire, c'est moi qui me le donne", assure-t-il dans Bourdin Direct. Et d'expliquer: "Moi, je suis chômeur mais je travaille, je fais des vacations à droite, à gauche pour gagner plus. Il ne faut pas être assisté".

"C'est insupportable"

Mais tous les autres chômeurs s'estiment stigmatisés par les propos du ministre. A juste titre selon Pierre-Edouard Magnan, délégué fédéral du Mouvement national des chômeurs et précaires. "On est toujours sur le même schéma c'est-à-dire 'le chômeur est un coupable', 'le chômeur ne travaille pas parce que c'est de sa faute et qu'il ne le veut pas'", analyse-t-il, consterné, sur RMC. Et de poursuivre: "C'est insupportable et absolument scandaleux de la part d'un ministre de l'Economie, par ailleurs un haut fonctionnaire qui ne sera jamais au chômage, de tenir ce genre de propos".

C'est pourquoi il lance une invitation au ministre: "Venez passer un mois ou même une journée ou deux jours dans une association de chômeurs. Devenez chômeurs pendant une semaine et là on en reparlera". A noter que ce n'est pas le premier "dérapage" d'Emmanuel Macron. En septembre dernier, il avait en effet avait qualifié les ouvrières de GAD d'"illettrées" avant de s'en excuser à l'Assemblée nationale.

Maxime Ricard avec Victor Joanin