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Quand les quartiers aisés accueillent des personnes en difficulté: "Il a fallu amadouer les voisins"

L'association Habitat et Humanisme Ile-de-France installe dans des quartiers aisés des personnes venues de centre d'hébergement, d'hôtels, voire de la rue (illustration).

L'association Habitat et Humanisme Ile-de-France installe dans des quartiers aisés des personnes venues de centre d'hébergement, d'hôtels, voire de la rue (illustration). - PATRICK KOVARIK / AFP

TEMOIGNAGE - Mozart Diadia, ancien officier de l'armée zaïroise, réfugié en France depuis 2006, après avoir été emprisonné et torturé, vit, avec sa femme et ses cinq enfants, depuis août 2014, dans le XIIème arrondissement de Paris. Un logement trouvé par le biais de l'association Habitat et Humanisme Ile-de-France, qui installe dans des quartiers aisés des personnes venues de centre d'hébergement, d'hôtels, voire de la rue.

"C'est le meilleur moyen de bien cohabiter". Mozart Diadia se félicite de sa nouvelle situation. Installé, avec sa femme et ses cinq enfants âgés de 16 à 25 ans, depuis août 2014 dans le XIIème arrondissement de Paris, il a bénéficié du plan logement mis en place par l'association Habitat et Humanisme Ile-de-France. Un plan qui consiste à favoriser la mixité sociale dans les arrondissements aisés de la capitale. Concrètement, l'habitation trouve des logements dans ces arrondissements et y installe des personnes venues de centre d'hébergement, d'hôtels, voire de la rue.

"Une très bonne chose", assure Mozart Diadia. Pourtant, au départ, tout n'était pas si réjouissant pour cet ancien officier de l'armée zaïroise. Réfugié en France en 2006 après avoir été emprisonné et torturé dans son pays, il s'installe à Digoin (Saône-et-Loire) où vit un de ses compatriotes. "J'y suis resté le temps d'obtenir le droit d'asile et le statut de réfugié politique. Une fois que j'ai obtenu les papiers, je suis parti à Roanne (Loire) pour travailler".

Une pétition contre leur arrivée

En 2009, Mozart débarque toutefois à Paris, rue Nollet dans le XVIIème arrondissement. "Je vivais en colocation avec un de mes compatriotes, c'était très bien et il n'y avait aucun souci", assure-t-il. Après avoir quelque peu bataillé avec l'administration française pour obtenir l'autorisation que sa famille le rejoigne, le regroupement familial est finalement acté en 2014. "Il a donc fallu que je trouve un autre logement car celui que j'occupais jusque-là était trop petit".

Mozart se tourne alors vers sa conseillère sociale qui la met en relation avec l'association Habitat et Humanisme. En août 2014, celle-ci lui trouve donc un logement dans le XIIème arrondissement, rue de Fécamp. "En réalité, nous reprenions l'appartement d'une compatriote, souligne-t-il. Le problème c'est que celle-ci avait des soucis avec le voisinage. Donc quand nous sommes arrivés, les habitants de l'immeuble ont signé une pétition et l'ont envoyé au propriétaire de l'appartement demandant que nous n'occupions pas son logement".

"Encore une nouvelle famille de blacks"

"Le gardien de l'immeuble m'a immédiatement mis au courant de cette situation, poursuit Mozart. Il m'a expliqué que l'immeuble était calme, occupé essentiellement par des personnes âgées et qu'il fallait rester tranquille. Ce que nous avons fait. Mais eux se disaient 'Voilà encore une nouvelle famille de blacks', 'Ils vont encore nous causer des problèmes'. Il a donc fallu les amadouer. Ça a été un peu long mais nous y sommes arrivés".

A tel point que quelques mois après, la pétition demandant que la famille Diadia quitte l'appartement n'avait plus lieu d'être. "Désormais, assure Mozart, je vis en parfaite harmonie avec mes voisins. Ils viennent régulièrement boire le thé ou un café à la maison. On échange beaucoup entre nous. En fait, il suffit de leur montrer et leur faire comprendre que nous avions un passé, un vécu avec des diplômes, un statut dans notre ancien pays, pour qu'ils comprennent que nous n'étions pas là pour les déranger".

"Un enrichissement mutuel"

En attente d'un logement social, Mozart assure qu'il est "prêt à aller n'importe où. Moi, quand je suis arrivé je n'ai pas demandé qu'on m'installe ici ou ici. L'important n'est pas le lieu mais de faire en sorte que ça se passe bien avec le voisinage". C'est pourquoi, il juge "excellente" l'initiative de mixité sociale mise en place par Habitat et Humanisme: "Cela permet à chacun de se rendre compte de la richesse de l'autre. Ce n'est pas parce que je suis un réfugié que je n'ai pas de diplômes ou autre.

"Avant de venir ici, nous, que ce soit des réfugiés ou des personnes vivant dans la rue, nous avions une vie. Et le fait de se mélanger avec des gens des quartiers aisés permet de leur faire prendre conscience de cette réalité, indique-t-il encore. Mais, nous aussi, nous apprenons d'eux, nous voyons comment ils vivent. C'est un enrichissement mutuel".