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Quand un policier slovène organise "l’évasion" de la famille Alshaikh

Des réfugiés à la gare centrale de Salzbourg, en Autriche, le 16 septembre 2015.

Des réfugiés à la gare centrale de Salzbourg, en Autriche, le 16 septembre 2015. - Christof Stache - AFP

SUR LA ROUTE DES REFUGIES – Ce lundi matin, RMC était à Salzbourg, en Autriche, avec les Alshaikh, qu’elle suit depuis une semaine. Depuis son départ de Grèce, la famille syrienne a franchi cinq frontières, et c’est en Slovénie que le passage a été le plus surprenant. Récit.

La famille Alshaikh a passé la nuit au chaud à Salzbourg, en Autriche, chez Herbert et Martina, un couple d’une cinquantaine d’années qui leur ont spontanément proposé un toit. Voyant Rana, la maman, porter à bout de bras sa petite Rita, le couple est intervenu en lui offrant un porte-bébé. Et c’est chez eux qu’ils ont passé la nuit, dans leur maison secondaire, en pleine campagne près de Salzbourg.

"C’est ça les valeurs européennes", leur a expliqué Herbert. Une générosité telle, que les Alshaikh ont eu du mal à y croire.

Qui plus est après les moments éprouvants passés en Croatie le week-end dernier, un pays totalement dépassé par les évènements. La famille a dû dormir dehors, deux nuits d’affilée avec des milliers d’autres réfugiés.

"On est obligé de payer"

Prêts à tout pour sortir de cet enfer et rejoindre Zagreb, la capitale croate, ils ont déboursé 600 euros - trois fois plus que le tarif normal. Seuls des chauffeurs clandestins, venus de Hongrie profiter de la faiblesse des réfugiés, ont accepté de les y conduire.

"On n’a pas le choix, on est obligé de payer", lance Majd, dépité.

Même combat à Zagreb: 300 euros de plus, en taxi, pour rejoindre le poste frontière avec la Slovénie. Avant la libération:

"C’est ma femme qui a franchi la frontière la première, et elle a dit à la police: 'c’est mon mari, ce sont c’est mes enfants, et puis ce sont c’est mes frères et mes beaux-frères'", reprend le père de famille. "Au total, ça faisait trois enfants et neuf hommes".

Grosse frayeur dans un centre de rétention

Les autres, ce sont les compagnons d’infortune de la famille. Deux frères, deux cousins, une jeune femme enceinte et son beau-frère. Des Syriens rencontrés le long du chemin, avec qui les Alshaikh forment désormais une grande famille.

Depuis son départ de Grèce, la famille Alshaikh a franchi cinq frontières (Macédoine, Serbie, Croatie, Slovénie, Autriche). Et c’est en Slovénie que le passage a été le plus surprenant, dimanche. Là-bas, la famille Alshaikh a été placée dans un centre de rétention, terrifiée à l’idée de devoir donner ses empreintes digitales et d’y être bloquée pour cinq ans, le temps d’obtenir l’asile - c’est la règle dans l’espace Schengen.

Finalement, Majd, Rana et leurs trois enfants y ont vécu l’un des moments les plus confortables de ce périple. Ils ont dormi au chaud sur un lit de camp, ont pu se doucher, se changer. Soha, la jeune femme enceinte qui voyage avec eux, a pu voir un médecin. Bref, depuis cet épisode, ils répètent sans cesse: "Merci la Slovénie"!

"En fait, c'est une évasion organisée"

"Merci", parce que le pays, qui a officiellement durci sa politique migratoire, les a laissés partir du camp, après une nuit et une journée, en leur donnant les moyens de s’échapper. Maysam, un grand gaillard de 29 ans qui partage la route des Alshaikh, n’en revient toujours pas.

"Le policier est venu et nous a dit: 'Quand on aura le dos tourné, forcez le cordon de sécurité et que tout le monde se mette à courir'", raconte-t-il au micro de RMC. "Il nous a ensuite indiqué la route à prendre, pour atteindre la frontière. Ok, en fait, c’est une évasion organisée".

Ils sont finalement arrivés en Autriche dimanche matin. Rose, l’aînée, n’a jamais été aussi souriante et loquace. Hadi, le garçon, joue au foot avec les plus grands et taquine sa petite sœur Rita. Les enfants semblent avoir retrouvé une légèreté innocente qu’on ne leur avait jamais connue depuis que nous les suivons. Majd, lui, parle avec tous ceux qu’ils croisent, volontaires, policiers, badauds, comme un besoin de raconter tout ce que lui et sa famille ont enduré depuis leur départ d’Artouz, près de Damas, le 11 août dernier.

Suivez ICI le périple de la famille Alshaikh avec nos envoyés spéciaux Amélie Rosique et Antoine Perrin.

C. P. avec Amélie Rosique