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Quand un professeur traite son élève de "sale jihadiste"

Au lendemain de l'attaque contre Charlie Hebdo, un incident a eu lieu dans un collège des Hauts-de-Seine (photo d'illustration)

Au lendemain de l'attaque contre Charlie Hebdo, un incident a eu lieu dans un collège des Hauts-de-Seine (photo d'illustration) - AFP

Information RMC- Jeudi 8 janvier, au lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo, un professeur de sport a traité un élève de 13 ans de "sale jihadiste", après un écart de conduite. L'incident s'est produit au collège Henri Bergson, à Garches (Hauts-de-Seine).

Voici une nouvelle preuve du malaise actuel au sein des écoles. Alors que près de 200 incidents ont été recensés après les terribles attentats qui ont secoué la France, un accroc supplémentaire est à ajouter à cette longue liste. En effet, le père d'un adolescent de 13 ans a appelé ce mardi le 32 16 afin d'alerter de la chose suivante: son fils a été insulté de "sale jihadiste" par son professeur.

"Ça m'a choqué"

Plus précisément, jeudi 8 janvier, au lendemain de la tuerie à Charlie Hebdo, Yazid, scolarisé en 4ème au collège Henri Bergson, à Garches (Hauts-de-Seine), a EPS au programme de sa journée. Lors d'un banal match de badminton, agacé par l'attitude de son partenaire, il quitte le terrain. Son professeur lui demande de revenir. Selon l'académie de Versailles, Yazid se montre alors insolent, insultant envers son prof. Qui lui répond du tac au tac.

"Il m'a dit 'sale jihadiste', assure dans Bourdin Direct le collégien. Je ne pensais pas qu'un professeur dise cela un jour. Ça m'a choqué". Le soir-même, l'adolescent "est parti dans sa chambre, en sanglots", se souvient Avida, sa mère. Inquiète, elle lui demande ce qu'il s'est passé à l'école. C'est là que Yazid raconte tout à ses parents. Son père, Adil, demande alors à voir la direction du collège. Lors de la réunion, le professeur de sport est présent. L'homme de 49 ans reconnaît avoir utilisé le terme de "jihadiste" et s'est excusé. Mais le collégien ne digère pas.

Pas de sanction

"Même s'il s'excuse, je ne trouve pas cela excusable parce que ces propos sont graves". Son père est lui toujours marqué par cet incident. Quand il parle, il en tremble encore: "Je n'aurais jamais pensé que cela vienne de la part d'un professeur. Ils sont censés transmettre des valeurs à nos enfants, les valeurs de la République.". Il estime donc "qu'une personne comme ça n'a pas sa place dans l'Education nationale, ne doit pas participer à l'éducation de nos enfants".

Sur RMC, la mère de Yazid ne dit pas autre chose : "De la part d'un prof c'est vraiment choquant car pour moi les enseignants sont là pour donner les bonnes valeurs. Mais ce n'est pas du tout le cas". Si l'académie de Versailles, qui "a envoyé sur les roses" le père de l'ado, confirme les faits, elle a indiqué que le professeur ne sera pas sanctionné mais recevra prochainement la visite d'un représentant pour débriefer de l'incident. Ce que ne comprennent pas les parents qui ont décidé de porter plainte pour "injure publique envers une personne en raison de sa race ou de sa religion".

"Ils sont en train de lui mettre la haine"

"Apparemment l'académie cautionne alors que ce sont des faits gravissimes, très violents. En effet, dans la tête de mon fils ça ne va pas", s'insurge Adil au 32 16. Et de s'interroger: "Est-ce que l'école de la République, avec des profs comme cela en son sein, cherche à former des citoyens responsables ou des jeunes qui vont avoir la haine? Parce que là ils sont en train de lui mettre la haine à mon fils. Il ne comprend pas pourquoi l'enseignant n'a pas été sanctionné et moi non plus". Il conclut : "Si l'académie couvre, je suis curieux de savoir ce qu'ils en pensent au ministère..."

Maxime Ricard avec Benjamin Smadja