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Qui est Ahmed Al-Raisi, ce général émirati accusé de tortures et candidat favori pour la direction d'Interpol?

LE PORTRAIT DE POINCA – Le général émirati Ahmed Al-Raisi pourrait devenir le prochain président d’Interpol, malgré des accusations de torture qui pèsent sur lui.

C’est un brillant fonctionnaire qui est entré dans la police d’Abu Dhabi il y a plus de quarante ans. Surdiplômé des meilleures universités anglaises, il a gravi tous les échelons jusqu'à devenir le plus haut responsable des forces sécuritaires des Emirats Arabes Unis. Sur son site internet, il se vante d’avoir modernisé la police, il y a même un projet de motos volantes pour les policiers de Dubaï et il est fier d’avoir créé une "direction du bonheur" au ministère de l'Intérieur.

Voilà pour la façade. Et voilà ce qui lui permet de postuler au poste de président d’Interpol, l’organisation de coordination de toutes les polices du monde dont le siège est à Lyon. L'élection est prévue jeudi lors d’un congrès à Istanbul, il n’y a que deux candidats et le général Al-Raisi est le favori. Peut-être parce que les Emirats viennent de faire un chèque de 50 millions d’euros à l’organisation. Le plus gros don jamais reçu par Interpol.

Plainte de deux Anglais

Sauf que ce général fait l’objet de plusieurs plaintes venant notamment de deux Anglais. Le premier est un jeune universitaire qui a été accusé d'espionnage aux Emirats, arrêté, torturé, condamné à la prison à vie et finalement gracié et expulsé.

Le second est un jeune homme de 26 ans qui était en vacances à Abu Dhabi et qui a eu la mauvaise idée de porter le maillot de l’équipe de foot du Qatar. Or, faire la promotion du Qatar aux Emirats est un délit. Les deux monarchies pétrolières se détestent. Le jeune Anglais a été emprisonné, battu, électrocuté et brûlé avant d'être relâché un mois plus tard. Les cicatrices qu’il portait en arrivant à Londres, ne laissent pas de doute sur la réalité de son récit.

Ces deux Anglais affirment que le général Al-Raisi est personnellement responsable des mauvais traitements qu’ils ont subis. Et ils ont décidé de ne pas le lâcher. Ils portent plainte dans tous les pays où le général se rend. La Turquie aujourd’hui, la Norvège et la Suède récemment mais surtout la France. Parce que si le policier émirati est élu, il faudra bien qu’il vienne au siège d’Interpol à Lyon où il pourrait être arrêté. Ce qui ferait mauvais genre pour le premier flic du monde.

Nicolas Poincaré