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Réforme des programmes scolaires: "Je sais très bien que c'est joué d'avance"

Les enseignants sont actuellement consultés sur la réforme des programmes scolaires

Les enseignants sont actuellement consultés sur la réforme des programmes scolaires - MARTIN BUREAU / AFP

Tous les enseignants sont invités, avant la mi-juin, à donner leur avis sur les nouveaux programmes de l'école et du collège. Mais, comme a pu le constater RMC, après la publication des décrets de la réforme du collège, les enseignants n'ont plus le cœur à donner leur opinion.

La fronde n'est pas terminée. Alors que la réforme de l'organisation du collège est désormais actée avec la publication des décrets ce mercredi, une autre réforme est en cours, celle des programmes scolaires. Et là encore le débat est vif. Concrètement, depuis le 12 mai, une consultation nationale sur la réforme des programmes de l’école et du collège portée par la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Jusqu'au 12 juin, les 800 000 enseignants sont appelés, dans un questionnaire en ligne d'une vingtaine de questions, à donner leurs avis sur les propositions émises par le Conseil supérieur des programmes (CSP).

"Il y a un saccage de l'école"

Mais, comme a pu le constater RMC, après la publication des décrets, les enseignants n'ont plus le cœur à donner leur opinion. C'est le cas d'Angélique, professeur de français dans un collège difficile d'Evry (Essonne) qui se dit "désabusée": "Ça m'énerve parce que je sais très bien que c'est joué d'avance ! Pour la réforme, on a fait semblant de nous consulter et finalement ils l'ont passée en force. Pour les programmes, ça va être la même chose". Très remontée, elle considère donc qu'il y a "un saccage de l'école".

Face à son ordinateur, Angélique s'agace de la longueur des questions et de leur manque de clarté. "Quelle horreur !, lâche-t-elle, crispée. C'est extrêmement répétitif, avec des phrases à rallonge, des termes extrêmement opaques…. On répond pour répondre mais je trouve que c'est coupé de la réalité." Lasse, elle termine sans laisser de commentaires: "J'ai tellement de remarques et de suggestions qu'il faudrait que j'y passe des jours et des jours".

"Cette consultation est assez factice"

Angélique fait donc officiellement partie de ces enseignants qui ont participé à cette consultation. Si, en principe, et cela paraît logique, ce questionnaire est réservé aux professeurs en réalité tout le monde peut le faire. Ainsi, avec une simple adresse mail, nous avons pu le remplir en se faisant passer pour un professeur d'Histoire. Dès lors, comment le ministère pourra-t-il interpréter les résultats?

Le vice-président du SNALC (Syndicat national des lycées et collèges) Jean-Rémi Girard dénonce une parodie. "Cette consultation est assez factice. Elle est là pour dire qu'on a consulté les enseignants. Mais en réalité on ne tiendra pas compte de leur avis. Or une réforme qui n'est pas acceptée par les professeurs est une réforme qui ne marchera pas, et elle ne marchera pas". Si les consultations se terminent le 12 juin, les programmes ne seront finalisés qu'au mois d'octobre par le Conseil supérieur des programmes.

Maxime Ricard avec Barthélémy Bolo