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Réfugiés - Aux Pays-Bas, la fin du périple à travers l'Europe pour la famille Alshaikh

SUR LA ROUTE DES RÉFUGIÉS – Après 45 jours, 5.500 km parcourus et 6.500 euros dépensés, le couple Alshaikh et leurs trois enfants sont enfin arrivés aux Pays-Bas vendredi, étape ultime de leur périple à travers l'Europe. Ils n'oublieront jamais les difficultés de leur exode, mais aussi les rencontres fraternelles et la chaleur de ceux qui leurs sont venus en aide.

Ils sont partis le 11 août dernier d’Artouz, en Syrie pour fuir la guerre et le chaos. 45 jours et 5.500 kilomètres parcourus plus tard, Majd, Rana et leurs trois enfants sont enfin aux Pays-Bas. C'est la fin d’un épuisant périple pour la famille Alshaikh. Jeudi, ils ont enfin foulé le sol néerlandais, à Maastricht. Dernière étape de ce dangereux trajet.

RMC les a suivis depuis la Grèce, où ils ont débarqué en zodiac il y a 2 semaines. Aujourd’hui, ils peuvent enfin souffler. D'ailleurs, quand elle arrive sur le quai de la gare de Maastricht, Rana pousse un soupir de soulagement. "C’est fini", nous dit-elle dans un anglais hésitant, le sourire jusqu’aux oreilles, marchant main dans la main avec ses deux plus jeunes enfants, Rita et Hadi. A côté, son mari Majd, casquette vissée sur la tête, esquisse un pas de danse en abandonnant lourdement son sac à dos sur le sol. "C'est le Deuké, la danse de la victoire, rit-il. Dans tout le Moyen-Orient on danse le Deuké dans les mariages. J’ai atteint mon but alors je danse, j’ai gagné !".

"Il faut être actif, travailler dur, apprendre la langue au plus vite"

Ils rêvaient de Pays-Bas. Aujourd’hui ils y sont et la satisfaction se lit sur leurs visages. Les enfants scrutent le paysage : des maisons à colombages au milieu de grandes plaines verdoyantes : on est loin de leur Syrie natale et ils s’en amusent. Mais pas le temps de s’attarder, toute la famille file en direction de la zone industrielle de Maastricht rejoindre un cousin, Mufid. Archéologue à Damas, il a fui les combats il y a un an et demi et a obtenu son statut de réfugié ici. Pris en charge par l’Etat, il vit dans un centre d’hébergement, une petite chambre avec salle de bain. C’est chez lui que la famille a passé la nuit, à l'étroit certes, mais en sécurité, ce qui n'a pas de prix après toutes les épreuves traversées.

Mufid leur prodigue déjà la recommandation la plus importante à ses yeux : "Je conseille à tous les réfugiés qui viennent ici de ne pas rester à rien faire. Il faut être actif, travailler dur, apprendre la langue au plus vite, chercher un boulot, ne pas être feignant. Parce que personne ne peut vous aider mieux que vous-même". 

Rana, la maman, et Rita, profitent de la paix retrouvée.
Rana, la maman, et Rita, profitent de la paix retrouvée. © Amélie Rosique - RMC

67% des demandes d'asile acceptées aux Pays-Bas, 22% en France

Aller vite, avancer, c’est bien ce que compte faire les Alshaikh. Ce vendredi matin, ils sont à Ter Apel, dans le Nord du pays. Dans le principal centre d’identification des réfugiés, les policiers vont prendre leurs empreintes digitales. En échange, ils recevront une carte d’identité provisoire, 57 euros par personne et par jour, et une place dans un centre d’hébergement. Ensuite, ils pourront enfin déposer leur demande d’asile. Et ils ont bon espoir de l’obtenir : aux Pays-Bas, 67% des dossiers sont acceptés contre 22% en France.

Impossible sans la générosité familiale

De leur périple de 5.500 kilomètres parcourus en un mois et demi, à pied, en bus, en train, en bateau, les Alshaikh retiennent des images surtout. Celles de tous ces pays traversés en si peu de temps : Turquie, Grèce, Macédoine, Serbie, Croatie, Slovénie, Autriche. Et celle des camps, rudimentaires, dégoutants et dégradants. Des souffrances aussi. Physiques principalement, après des kilomètres à marcher dans de mauvaises chaussures, les enfants sous le bras. Et des peurs bien sûr. Peur de mourir sur le bateau de la Turquie jusqu’en Grèce. Peur de ne jamais arriver au but, d’être arrêté par la police à tout moment. Ou même d’être séparés. Les enfants ont appris à rester grouper, à se cacher et à suivre les instructions. Peur enfin de manquer d’argent. Pour arriver jusqu’ici, la famille a dépensé 6.500 euros. Et sans la générosité familiale ils n'auraient jamais réussi, car à mi-parcours les Alshaikh ont dû fait appel à leurs parents restés en Syrie.

"Mon pire souvenir ? Le bateau de la Turquie à la Grèce avec les passeurs"

"Mon pire souvenir, c’est le bateau qu’on a pris des côtes turques jusqu’en Grèce, avec les passeurs, raconte Rana, la maman. Et les 10h de train pour traverser la Macédoine aussi. Mais je préfère ne garder que les bons souvenirs : la gentillesse des gens à Belgrade (Serbie), en Slovénie, en Grèce. Ça faisait chaud au cœur. Et les jeunes avec qui on a voyagé. On a formé un beau, un très beau groupe". Un groupe aujourd’hui disloqué. Chacun est parti de son côté, pour tenter d’atteindre son rêve. Celui des Alshaikh est ici, aux Pays-Bas. Et même si l’installation ne fait que commencer, ils n’ont pas du tout l’intention de revenir en arrière.

P. Gril avec Amélie Rosique