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Réfugiés: le but est proche pour la famille Alshaikh, mais les cœurs sont gros

Des réfugiés à la gare de Vienne, en Autriche.

Des réfugiés à la gare de Vienne, en Autriche. - Dieter Nagl - AFP

SUR LA ROUTE DES RÉFUGIÉS – Après des jours et des jours sur les routes à la merci du danger, le couple Alshaikh et ses trois jeunes enfants touchent au but. Ils ont pris le train à Vienne pour les Pays-Bas, leur destination finale. Mais il a fallu se séparer des compagnons de route.

Ils n'ont jamais été aussi proches du but. Plusieurs semaines après avoir fui la Syrie en guerre, la famille Alshaikh, les parents et leurs trois enfants, ont quitté l'Autriche ce jeudi en direction des Pays-Bas, leur destination finale. A Maastricht plus exactement, où les attend un cousin. En quittant Vienne, les Alshaikh ont mis fin à leur périple infernal mais aussi à des amitiés tissées avec des compagnons de route. Sur le quai de la gare, Majd, Rana et leurs enfants ont dû dire adieu à Maysam et son cousin, qui ont choisi eux de se rendre en France.

Au moment de se quitter, les deux hommes s’embrassent, pudiquement, sans un mot. Mais l’émotion se lit dans leurs regards. "On est plus qu’une famille, on a vécu tellement de choses ensemble, beaucoup plus qu’avec ma propre famille, témoigne avec émotion Maysam. Une journée passé ensemble c’était comme des années. On se comprend rien qu’en se regardant. J’espère qu’ils auront une chouette vie, ils le méritent tellement".

"J’espère qu’ils auront une chouette vie, ils le méritent tellement"

Maysam, c’est le grand gaillard qui a porté les enfants Alshaikh dans les moments les plus difficiles. Le petit Hadi, lorsqu’il a fallu franchir les marécages de Macédoine pour passer en Serbie. La cadette, Rita, lorsqu’ils ont dû marcher une heure et demi en pleine nuit pour rejoindre la Croatie. Ils ne se connaissaient pas mais se sont battus ensemble pour survivre.

Et Majd, le père de famille, ne l’oubliera jamais. "Maysam, je l’aime. On avait un objectif en commun, c’est ce qui a fait de nous une équipe. J’ai risqué ma vie pour lui pendant ce voyage. Si on arrive à se revoir un jour, il pourra me demander n’importe quoi, je ferais tout ce que je pourrais pour l’aider. Sur la route, on a passé le plus dur".

"J’espère que je serai à la hauteur"

Les bombes de Syrie sont loin derrière lui, les dangers sur la route des réfugiés aussi. Désormais seul avec sa famille, Majd ressent pourtant une pointe d'appréhension. "Je suis le seul leader maintenant, j’espère que je serai à la hauteur". Comment pourrait-il ne pas l'être, lui qui a su traverser de si terribles épreuves avec sa femme et ses jeunes enfants ?

C’est une nouvelle vie qui attend Majd et sa famille. Une nouvelle vie qu’ils vont devoir construire. Une langue à apprendre, une culture à intégrer. Mais ils sont prêts. Et c’est le sourire aux lèvres qu’ils poseront dans quelques heures le pied aux Pays-Bas.

Philippe Gril avec Amélie Rosique