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Salafisme: "Il faut faire la différence entre la version violente et la version normale"

Derrière le salafisme, qui appartient à la branche sunnite de l'islam, se cachent différents courants, qui n'appellent pas tous à la violence jihadiste. C'est ce qu'a rappelé Bernard Godard, spécialiste de l'islam, ce mercredi matin sur RMC.

Depuis les attentats du 11-Septembre, la mouvance salafiste est souvent pointée du doigt lorsqu'il s'agit d'évoquer le terrorisme jihadiste. Or, derrière cette pratique rigoriste de l'islam, se cachent pourtant différents courants, qui n'appellent pas tous à la violence. "Semer la confusion, en mélangeant ces tendances, cela n'aide pas du tout à combattre l'ennemi, qui est le plus dangereux", insiste Bernard Godard, spécialiste de l'islam, ce mercredi matin sur RMC.

La matrice du salafisme, c'est une pratique rigoriste de l'islam: c'est"le retour au plus croyant", explique-t-il. "C'est un système idéologique très figé, qui malheureusement, a un succès redoutable dans l'ensemble du monde musulman et en France, en particulier".

Les quiétistes n'appellent pas à la violence

"Il faut faire la différence entre la version violente [du salafisme] et la version normale - que je ne dis pas 'soft'", rappelle cet ancien fonctionnaire chargé des relations avec l’islam au ministère de l’Intérieur. "On appelle cela [le salafisme] quiétiste, en France".

Chez les salafistes quiétistes, il n'y a "pas du tout" d'appel à la violence contre les "mécréants', souligne l'auteur de La Question musulmane en France, paru l'année dernière aux éditions Fayard. "Chez les salafistes 'normaux', (…) pour accomplir un devoir de défense des musulmans, il faut avoir un ordre explicite d'une autorité", développe-t-il. "Il faut que des circonstances soient réunies, que cela soit des gens réputés 'scientifiquement' chez les oulémas, etc. Donc l'ensemble de ces arguments fait que l'on ne peut pas, quand on est musulman, prendre des armes et aller se battre pour tuer les autres".

Le takfiriste a le "devoir" de prendre les armes

Il est fondamental, rappelle-t-il, de faire le distinguo entre le salafisme quiétiste, et le takfirisme, une "sous-branche" du salafisme qui prône, elle, la violence. 

Dans cette mouvance, on considère que "tout musulman n'a pas besoin d'attendre un ordre d'une autorité religieuse pour prendre les armes et défendre les musulmans. Et il lui est fait devoir de le faire", précise-t-il. "Il y a une victimisation générale dans le monde musulman, qui est basée sur des arguments idéologiques, qui fait que l'on veut donner l'impression à beaucoup de musulmans qu'ils sont complètement oppressés, menacés".

Ainsi, les takfiristes doivent prendre les armes contre l'Occident mais aussi "contre tous les autres musulmans", ajoute-t-il. "Parce que ceux qui ne prennent pas les armes, ceux qui ne font pas le devoir de jihad, sont presque considérés comme des apostats".

C. P.