RMC

Salaire des infirmières: "On ne peut pas se contenter d'une poignée d'euros"

-

- - FREDERICK FLORIN / AFP

Alors que la ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu doit annoncer ce mardi une augmentation de salaires pour les fonctionnaires d'ici le début de l'année 2017, RMC s'est rendue à l'hôpital Saint-Louis de Paris pour voir comment cette mesure était accueillie.

Sa blouse blanche et ses sabots, Cathy, 55 ans, les portent depuis 35 ans. Infirmière en hématologie (le service des maladies du sang, ndlr), à l'hôpital Saint-Louis à Paris, elle a toujours souhaité rester dans la fonction publique et ce malgré les conditions de rémunération. "J'ai commencé avec un salaire de 1 500 euros par mois et, aujourd'hui, toutes primes comprises (dimanche, nuit,…) il atteint péniblement 2 600 euros par mois", avoue-t-elle sur RMC. Elle ajoute: "Ce salaire est bloqué depuis 2010".

"Un peu juste par rapport à ce qu'on endure physiquement"

Or, "il ne faut pas oublier que l'on travaille de nuit, les jours fériés, les week-ends, dès le matin très tôt, on finit aussi très tard le soir", souligne-t-elle. Pour Louisa, 46 ans, infirmière depuis 22 ans à l'hôpital Saint-Louis, le constat est identique. Elle aussi juge que son salaire est trop bas par rapport au travail fourni. "Après plus de 20 ans, je gagne 2 400 euros par mois. Ce qui est un peu juste par rapport à ce qu'on endure physiquement".

"Ce qui m'a le plus marqué, c'est lorsque je travaillais de nuit: la prime n'était vraiment pas en rapport avec le travail fourni, reproche-t-elle. Il y a vraiment quelque chose à faire à ce niveau-là, donner quelque chose qui compense vraiment la difficulté physique et le temps passé à l'hôpital". Des horaires compliqués et une compensation financière insuffisante qui ont pour conséquence que les jeunes infirmiers, dans le service où Cathy travaille, se font de plus en plus rares.

"Rien ne les retient"

"Ils sont mis en priorité vers les postes les plus durs. Mais au bout d'un moment, ils sont épuisés et n'ont qu'une seule hâte, celle de s'en aller. Rien ne les retient, ni le salaire, ni le boulot, qui est trop dur", se résigne-t-elle. Aujourd'hui, 30% des diplômés abandonnent le métier dans les cinq ans qui suivent leur formation. Il est donc urgent d'agir et d'augmenter les salaires selon Thierry Amouroux du Syndicat National des infirmiers.

"On ne peut pas se contenter d'une poignée d'euros", affirme-t-il. D'autant plus "qu'il y a quand même un vrai fossé entre ce que nous sommes et la façon dont on nous paye. Les infirmières sont des vraies professionnelles, qualifiées et diplômées, et doivent donc être rémunérées comme telles". Il risque pourtant d'être déçu car si le gouvernement veut bien réorganiser la grille des salaires, il est hors de question, en revanche, de dégeler le point d'indice qui sert de base de calcul.

Maxime Ricard avec Amélie Rosique