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Incident à la centrale de Flamanville: "le parc nucléaire français est dans un état de délabrement avancé"

Une "détonation" s'est produite jeudi dans une zone non nucléaire de la centrale de Flamanville (Manche), un incident vite maîtrisé, qui n'a pas fait de blessé grave, selon la préfecture, mais qui relance le débat sur la sécurité des installations nucléaires françaises.

Un départ de feu à la centrale nucléaire de Flamanville (Manche) a intoxiqué légèrement cinq personnes jeudi sans créer de risque nucléaire. EDF précise dans un communiqué qu'"un départ de feu entraînant une détonation s'est produit dans la salle des machines de la tranche 1 de la centrale nucléaire de Flamanville, en zone non nucléaire". "Ce départ de feu a été immédiatement maîtrisé par les équipes de la centrale." EDF ajoute que "l'événement n'a pas fait de victimes", qu'il n'y a pas eu de conséquence pour la sûreté des installations ni l'environnement et que la tranche 1 a été déconnectée du réseau électrique. Mais cette "détonation" relance le débat sur la sécurité des installations nucléaires en France.

Hervé Bodineau est responsable du service sûreté des centrales EDF à l'IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire), un service qui contrôle la sûreté des 58 réacteurs nucléaires de France. Pour lui, si de nombreux accidents arrivent chaque année, ceux-ci sont sans gravité. Donc il n'y a rien d'alarmant. "L'année passée nous avons eu environ 700 incidents dans les centrales nucléaires. Sur ces 700 incidents déclarés par EDF, une centaine était de niveau 1, sur une échelle qui va de 0 à 7, rappelle-t-il. Les 600 autres étaient au niveau 0 donc sans conséquence pour la sûreté".

"EDF n'a pas les moyens de les entretenir correctement"

"Mais ce n'est pas parce qu'il y a un incident de niveau 0 qu'il n'y a aucun enseignement à tirer. Bien au contraire, assure-t-il encore. C'est en valorisant tous les enseignements de ces "pré-incidents" que l'on peut éviter d'arriver à l'incident. Une centrale peut avoir 30 ans mais si on a fait toute la maintenance nécessaire elle est plus sûre que lorsqu'elle était neuve". De son côté, l'Observatoire du nucléaire, une organisation très critique, estime que "cet événement illustre la situation insensée qui prévaut actuellement dans de nombreuses centrales françaises".

Son directeur, Stéphane Lhomme, se montre donc très alarmiste: "Le parc nucléaire français est dans un état de délabrement avancé. Certains réacteurs ont près de 40 ans alors que la durée de vie prévue à l'origine était de 30 ans. De plus, les finances d'EDF se sont extrêmement dégradées et EDF n'a donc pas les moyens de les entretenir correctement. A cela il faut ajouter les pièces mal réalisées par Areva et une entreprise japonaise qui truffent les réacteurs des centrales en France. Ce qui aggrave donc la situation du parc nucléaire".

M.R avec Juliane Antoine