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Mars offre toutes les conditions pour faire une colonie qui soit presque indépendante de la Terre

La planète Mars fascine

La planète Mars fascine - D. Ducros / EUROPEAN SPACE AGENCY / AFP

Ce mercredi l'Agence spatiale européenne a réussi à placer la sonde européano-russe TGO en orbite de Mars. Malheureusement, si l'atterrisseur a réussi à se poser le sol de la planète rouge, il n'émet depuis aucun signal. L'issue de la mission est encore incertaine, Cyprien Verseux, astrobiologiste, explique ce jeudi pourquoi la conquête de l'espace, et de Mars particulièrement, fascine tant.

L'astrobiologiste Cyprien Verseux vient de passer une année enfermé dans un dôme à Hawaï aux conditions de vie similaires de celles sur Mars. Seul Français de cette expérience supervisée par la Nasa, il explique pourquoi la conquête de l'espace fascine tant.

"Je pense qu'on a tous un besoin d'exploration. On s'est déjà répandus sur tous les continents de la planète. On a toujours cherché à aller plus loin, à voir ce qu'il y a derrière la montagne, de l'autre côté de l'océan. On a vraiment un besoin d'exploration ancré en nous. Je pense aussi qu'on a un besoin de grands objectifs. L'individu comme les sociétés ont besoin de grands challenges pour prospérer. Les frontières physiques ont presque toutes été explorées: si je veux aller aux Etats-Unis, j'ai juste à prendre un avion. L'espace est donc la prochaine étape logique.

Et puis, scientifiquement, on a énormément à apprendre sur l'espace. Disons que la conquête de l'espace est une belle leçon d'humilité. On en apprend beaucoup sur notre place dans l'univers, à la fois philosophiquement et scientifiquement. Et Mars est un cas particulier car cette planète est proche de nous et elle est relativement hospitalière. On a beaucoup à en apprendre notamment sur la science de la vie. On ne sait pas s'il y a de la vie sur Mars, s'il y en a en ce moment et ce n'est pas improbable.

"Des formes de vie ont probablement été transportées d'une planète à l'autre"

On pense que les conditions sur Mars ont été beaucoup plus proches de celles de la Terre il y a quelques milliards d'années. C'étaient des conditions qui auraient pu être favorables à la vie. On sait qu'il y a eu beaucoup d'échanges de matériel entre les deux planètes. Il y a probablement eu des formes de vie qui ont été transportées d'une planète à l'autre. On ne sait pas encore si elles ont été transportées vivantes, ce qu'il leur est arrivé ensuite. Mais il y a des chances non négligeables qu'il y ait de la vie sur Mars, ou qu'il y ait eu de la vie sur Mars, et qu'elle soit liée d'une façon ou d'une autre à la vie sur Terre.

Il y a aussi une autre raison, à plus long terme, pour laquelle on s'intéresse à la conquête de l'espace c'est que l'on sait que la vie s'éteindra sur Terre un jour ou l'autre. Il y a donc deux options: soit on reste sur Terre, tout s'éteint, tout ce qu'on a fait, toutes nos technologies, tout ce qu'on a vécu sont oubliés à jamais, et c'est comme si on n'avait jamais existé. Soit, on se répand sur d'autres planètes et l'on maintient l'humanité.

"Technologiquement nous sommes proches d'aller sur Mars"

Mars est donc la prochaine étape car elle offre toutes les conditions pour faire une colonie qui soit presque indépendante de la Terre. D'abord elle est extrêmement proche à l'échelle de notre système solaire et sa gravité est 38% celle de la Terre. Les températures y sont relativement clémentes (-63°C en moyenne), il y a de quoi faire de l'oxygène à partir du dioxyde de carbone de son atmosphère. Il y a aussi tous les atomes nécessaires à la vie et les matériaux trouvés sur place pourraient permettre de cultiver des plantes et des micro-organismes.

Il y a enfin de l'énergie solaire, en moyenne 43% de celle qu'il y a dans la Terre. On a donc vraiment tous les éléments pour, à moyen terme, pouvoir développer des colonies presque indépendantes de la Terre. Technologiquement, nous sommes proches d'aller sur Mars. Probablement plus proche que nous l'étions de la Lune lorsque le président Kennedy a annoncé que l'on irait sur notre satellite naturel dans la décennie suivante. La vitesse à laquelle les derniers défis seront relevés dépend en grande partie du financement qui y sera dédié et de la capacité des leaders à fixer un objectif clair. La Nasa prévoit une mission dans les années 2030, SpaceX (l'entreprise spatiale privée d'Elon Musk) dans les années 2020. Ces objectifs sont ambitieux mais pas irréalistes".

Propos recueillis par Maxime Ricard