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Inondations à Nemours: "J'ai vu des gens choqués, qui n'avaient jamais vu ça"

REPORTAGE – Depuis mercredi matin la ville de Nemours (Seine-et-Marne) est coupée en deux en raison des débordements du Loing, atteignant par endroits plus d'un mètre de haut. Une montée des eaux qui a transformé le centre-ville en une petite Venise à colombages où ne circulent que des barques qui évacuent ses habitants.

Après le Loiret, la Seine-et-Marne touchée par une crue exceptionnelle. Et l'une des villes les plus durement touchées est Nemours, coupée en deux depuis mercredi matin. Des inondations qui ont entraîné l'évacuation de trois mille personnes vers des centres d'hébergement. "Il s'agit d'une crue exceptionnelle, supérieure à la crue de 1910", estime Météo France. En effet, dans cette ville, les niveaux atteints lors de la crue de 1910 (4,25 m) avaient été dépassés à 13 heures et l'eau continuait à grimper (4,59 m vers 22 heures).

"C'est embêtant mais c'est comme ça"

La montée des eaux a donc transformé le centre-ville en une petite Venise à colombages où ne circulent que des barques qui évacuent ses habitants. Parmi elles, celle de Steve, un commerçant de Nemours, qui a décidé de donner un coup de main pour mettre les habitants au sec. "Tant qu'à être là sous les eaux autant servir à quelque chose et aider les gens, explique-t-il. On a secouru des familles avec des enfants en bas âge, des personnes âgées, une handicapée… J'ai vu des gens choqués, qui n'avaient jamais vu ça. Ils comptent sur notre soutien donc on est là".

"Je continuerai jusqu'à ce que je n'en puisse plus. C'est normal, il faut tout donner", poursuit-il essoufflé de pagayer sans cesse. Pantalon remonté jusqu'aux genoux, Gérard, 80 ans, après s'être réfugié chez sa voisine du dessus, découvre avec consternation l'étendue des dégâts dans sa maison. "Ma table, mon divan, mon cellier… Tout baigne dans l'eau. Il y en a de partout", constate-t-il. Pour autant, il n'est pas dépité pour un sou: "C'est embêtant mais c'est comme ça. Je suis assuré pour ma voiture comme pour l'intérieur de ma maison".

"On est des résistants"

Le frigo, le lave-linge, les radiateurs électriques, le lave-vaisselle… Tout, vraiment tout est sous l'eau. Même ses vêtements et ses papiers administratifs: "Mon passeport, mes carnets de chèques… Tout est foutu". Plus de salle de bain, plus d'électricité, Gérard, comme des milliers d'habitants, est évacué: "S'il faut s'en aller… De toute façon, je ne peux pas coucher là. Il n'y a rien à faire". Finalement, Josette, sa voisine du premier étage, décide de l'accueillir malgré la demande d'évacuation.

"On est des résistants. Il y en a un qui est en détresse, on l'accueille tout simplement. Il a choisi entre ici et le gymnase", répond-elle avant d'affirmer dans un grand sourire: "Les derniers Gaulois c'est nous". Le docteur Laurent Renard travaille à Nemours et son cabinet a lui aussi été durement touché par les inondations: "Les boîtes de médicaments d'avance, les stocks de compresses, de médicaments, de seringues sont dans l'eau. Ma table d'examen à hauteur variable et électrique aussi. Elle est foutue, le moteur est mort donc c'est trois mille euros à la poubelle". Et d'assurer: "Je vais devoir refaire tout le cabinet. Mais le matériel, quand on est médecin, ça compte beaucoup moins que la santé".

Maxime Ricard avec Romain Poisot