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"On ne nous a pas laissé le temps que la plaie se referme": l'inquiétude des habitants près de l'usine Lubrizol

Moins de trois mois après le spectaculaire incendie de l'usine Lubrizol de Rouen, une réouverture partielle du site Seveso est en vue après l'avis positif mardi d'un comité que le préfet a promis de suivre.

En dépit des inquiétudes de la population et de certains élus, une partie de l'usine Lubrizol devrait rouvrir. Deux mois et demi après le spectaculaire incendie de cette entreprise près de Rouen, le comité départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques a émis un avis favorable à un redémarrage partiel de l'entreprise.

Le préfet a confirmé qu'il suivrait cet avis, en précisant que la réouverture concernait "deux ateliers chargés de mélange de produits" et s'accompagnait d'"une réduction drastique des stockages des produits finis conditionnés ainsi que d'une diminution du stockage de matières premières". Et ce, alors que les résultats de l'enquête judiciaire ne sont même pas encore connus.

Pour cette famille qui habite en face de l'usine à Petit-Quevilly, le traumatisme de l'incendie est toujours présent: "On ne nous a pas laissé le temps que la plaie se referme complètement", déplore Marie.

"S'il y a une activité, il y a un risque"

Sa vie va à nouveau être rythmée par les sirènes d'alerte. Un cauchemar pour elle: "Ces sirènes-là, on ne va pas les appréhender de la même manière qu'avant. Avant, elles faisaient partie de notre quotidien, on ne les entendait plus. Maintenant la moindre petite sirène nous fait battre le cœur à 100km/h et on se demande s'il faut qu'on parte".

Elle et son mari François vivent à moins de 200 mètres de l'usine et pour lui, même si la réouverture est partielle, le danger est réel: "Il y aura quand même des chariots qui vont tourner, il y aura une activité donc automatiquement s'il y a une activité, il y a un risque. Ce ne sont que des produits chimiques qui sont potentiellement dangereux, donc le risque est toujours présent".

Une réouverture précipitée selon Guillaume Blavette de France Nature Environnement Normandie. Selon lui, cette décision répond uniquement à une logique financière: "Il a été plus question d'intérêts économiques et d'emplois que de protection de l'environnement. En quelque sorte, on a donné un blanc-seing à M. le préfet pour qu'il autorise ce redémarrage fut-il partiel, ce n'est pas satisfaisant". L'association envisage d'attaquer en justice cette décision.

Alfred Aurenche et Cyprien Pézeril