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Sécheresse historique en France: l'été de la prise de conscience?

La France, et l'Europe en général, sont touchés par une sécheresse historique cet été. 93 départements sur 96 métropolitains sont concernés par des restrictions.

Une réunion de crise sur la sécheresse a eu lieu ce lundi au ministère de l'Agriculture. Des aides d'urgence ont été débloquées alors que la sécheresse touche désormais 93 départements. Et autant dire “toute la France”, avec 93 départements sur les 96 que compte la France métropolitaine.

C’est bien tout le pays qui souffre d’un manque d’eau. Et sur plus des trois-quarts du territoire français, nous sommes en "état de crise”. C'est-à-dire que l’on a atteint le niveau d’alerte maximal, celui qui entraîne de sévères restrictions sur l'utilisation de l’eau. 77 départements interdisent strictement tout arrosage, tout lavage de voiture ou bien le remplissage des piscines. Et des départements comme les Côtes-d’Armor ont ajouté l’interdiction de se doucher sur les plages en sortant de la mer.

Comment se mesure la sécheresse?

La sécheresse se mesure selon trois critères. La pluviométrie, la sécheresse des terres agricoles et le niveau des cours d’eau et des nappes phréatiques. Et bien sûr, sur ces trois critères, on a atteint des niveaux historiques.

On a pourtant dit, cet été, que la sécheresse n'était pas la pire que la France ait connue. On a pu lire sur les réseaux sociaux que la sécheresse de l’été 1976 avait été plus grave, une façon de dédramatiser et de critiquer les "climato-alarmistes".

Sauf que c’est faux. On sait maintenant que la sécheresse de l’été 2022 sera la pire, depuis que l’on mesure sérieusement ce phénomène. Avec des températures bien plus élevées que lors de la célèbre canicule de 1976. En 76, il y avait eu une vague de chaleur de 15 jours seulement, avec des températures qui n’ont pas dépassé 35 degrés. Et on parlait d’un phénomène exceptionnel.

Cet été, on a connu le mois de juillet le plus sec de l’histoire avec en moyenne moins de 10 millimètres de pluie. Et zéro millimètre sur le pourtour méditerranéen. Pour les terres agricoles, c’est le record de 2003 qui est battu. Ce qui inquiète surtout, c’est la fréquence de ces sécheresses, 2003, 2015, 2017, 2018, 2020 et 2022. L'accélération est incontestable.

Le spectaculaire niveau bas des fleuves

C’est ce qui se voit à l'œil nu. On peut traverser la Loire à pied entre Angers et Orléans, et même par endroits en ayant de l'eau jusqu'aux genoux.

Mais le phénomène n’est pas que Français. Tous les grands fleuves européens sont au plus bas. Le Pô en Italie, le Danube en Europe centrale, le Rhin en Allemagne. Dans la Mer noire, il y a un embouteillage de barges et de péniches qui ne peuvent plus remonter le Danube parce qu’il n’y a pas assez d’eau. C’est aussi un sujet majeur de préoccupation en Allemagne où il faut trouver des bateaux toujours plus petits pour circuler sur le Rhin.

Ces grands fleuves sont les artères de l'Europe pour la circulation des marchandises. Et en ce moment, ce sont des artères bouchées.

L'été de la prise de conscience?

Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, estime qu’il y aura un avant et un après. Parce que cet été, tout le monde a compris que le réchauffement climatique était réel, tout simplement parce que nous l’avons tous vécu. Au moins trois vagues de chaleur. Des incendies jusqu'en Bretagne et dans le Jura. 60.000 hectares de forêts détruits, un record absolu. Les paysages qui changent, les champs roussis. Les arbres qui perdent déjà leurs feuilles dans la forêt de Fontainebleau... Et puis les orages, les dégâts dus à la grêle, la tempête mortelle en Corse

Ceux qui ont repris le travail lundi ont bien noté que l’on ne parle que de cela parce chacun d’entre nous cet été a vécu un phénomène météo exceptionnel. Un article du Monde, la semaine dernière, a très bien décrit cette prise de conscience en parlant de “l’été de la fin de l’insouciance”, l’été où l’on a compris que quelque chose ne tourne plus rond.

Nicolas Poincaré (édité par J.A.)