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Selon l'Inserm, le chômage tuerait 14.000 Français par an

Le chômage tue 14 000 personnes par an

Le chômage tue 14 000 personnes par an - AFP

La mortalité des chômeurs est trois fois supérieure à celle des travailleurs, selon une étude de l'Inserm. Alcool, tabac, dépression, malnutrition… Les chômeurs ont notamment 80% de risques en plus de d'avoir un infarctus par rapport aux actifs. Une chômeuse de 52 ans témoigne sur RMC de l'impact du chômage sur sa santé.

On savait que la crise tuait des emplois, une nouvelle étude vient nous montrer qu’en détruisant des emplois elle tue aussi des hommes. Le chômage tuerait 14.000 Français par an, d’après des chercheurs de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) qui ont étudié le phénomène pendant 12 ans. Les chercheurs ont suivi 6.000 Français âgés de 35 à 64 ans dans huit régions et leurs conclusions sont sans appel: la mortalité des chômeurs est trois fois supérieure à celle des travailleurs.

Privé d'emploi, on boit, on fume et on mange plus. On est plus exposé au suicide. Les chômeurs sont aussi plus nombreux à mourir de cancer, et ont 80% de risques de plus d'avoir infarctus par rapport aux actifs.

"On peut boire trop, plus dormir ou dormir toute la journée"

RMC a rencontré Nathalie, 52 ans, qui s'est retrouvée au chômage il y a deux ans. Rapidement après la fin de son activité, elle tombe malade. "Un ralentissement complet de toutes les fonctions digestives et hépatiques. J'avais envie de restituer tout de suite ce que je venais de manger. J'ai perdu 5 kilos sur un squelette qui n'avait pas trop de kilos à perdre", raconte-t-elle.

Depuis, faute d’argent, Nathalie a dû laisser son domicile et vivre tantôt chez un membre de la famille tantôt chez l’autre. Elle n’a plus de suivi médical, mange moins et dort mal. "Une fois qu'on n'a pas le moral on peut boire trop, on peut ne plus dormir ou au contraire dormir toute la journée", se désole-t-elle.

"Un véritable problème de santé publique"

Pierre-Edouard Magnan est délégué fédéral du Mouvement national des chômeurs et précaires. Il n’est pas étonné par ces chiffres. "Les chômeurs meurent chacun dans leur coin, donc ça ne se voit pas", dit-il, dépité. "J'aimerais qu'on mette autant de moyens que ceux mis pour lutter contre la mortalité routière". Il estime qu'"il faudrait que les chômeurs puissent bénéficier d'un suivi médical spécifique. Un salarié doit avoir une visite médicale tous les deux ans. Un chômeur devrait être suivi tous les ans. Il faudrait aussi travailler sur un nouveau barème pour bénéficier de la CMU (couverture maladie universelle)".

La seule bonne nouvelle selon Pierre-Edouard Magnan, "c'est que cette étude va peut-être enfin faire prendre conscience aux politiques que le chômage est un véritable problème de santé publique".

P.Gril et Jamila Zeghoudi