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Si l'état d'urgence est prolongé, pour Anis, assigné à résidence, le "cauchemar va continuer"

TEMOIGNAGES - La prolongation de l'état d'urgence est sur la table du conseil des ministres. RMC a rencontré Anis, un assigné à résidence dans le cadre de ce régime d'exception à Nice. Si l'état d'urgence est prolongé, son assignation sera, de fait, renouvelée.

La prolongation de l'état d'urgence au menu du Conseil des ministres ce mercredi matin. Le projet de loi qui doit entériner une troisième prolongation de l'état d'urgence - et ainsi le faire durer jusqu'à fin juillet - sera examiné dans deux semaines, soit le 19 mai prochain à l'Assemblée nationale.

Pour le gouvernement, il faut couvrir la période de l'Euro de football (10 juin - 10 juillet), mais aussi le Tour de France, par des conditions spéciales de sécurité, au vu de la menace terroriste. L'état d'urgence, décrété le 14 novembre, a déjà été prolongé de trois mois à deux reprises depuis les attentats.

Ce régime d'exception permet notamment à l'Etat d'assigner à résidence toute personne "dont l'activité est dangereuse pour la sécurité et l'ordre public" et d'ordonner "des perquisitions jour et nuit" sans passer par l'autorité judiciaire.

Prolongation automatique des assignations

En outre, la prolongation de l'état d'urgence signifie la prolongation automatique des assignations à résidence encore en cours. Selon le ministère de l'Intérieur, 69 personnes sont encore assignées à résidence aujourd'hui.

Au total près de 400 personnes au total ont été assignées à résidence depuis les attentats. En tout, 190 recours en référé ont été engagés contre ces mesures d’assignation, dont 14 ont fait l’objet d’une suspension et trois annulées au contentieux. Des dizaines de recours sont encore à l'examen.

Anis fait partie des premiers assignés à résidence en novembre dernier. RMC l'a rencontré à Nice, où il vit et travaille, mais surtout où il doit pointer au commissariat quotidiennement.

"Je ne vois pas le bout du tunnel"

Et depuis le 16 novembre, c'est tous les jours le même rituel. A 8h et 19h, Anis doit se rendre au commissariat. Une obligation difficile à concilier avec son travail.

"Par rapport à mon emploi, je suis obligé de courir encore deux fois plus vite", explique-t-il, au micro de RMC. "Je démarre le matin, je suis obligé de faire ma première livraison, et après, de me dépêcher, de prendre des risques pour pouvoir être au rendez-vous au commissariat".

Anis affirme que, contrairement à ce qu'on lui reproche, il n'a aucun lien avec une activité terroriste. Il s'inquiète de la probable prolongation de cette mesure d'exception.

"Le fait que l'état d'urgence soit re-prolongé, pour moi, c'est très inquiétant. Parce que ça va encore repousser l'échéance. J'ai le sentiment que le cauchemar continue. Je ne vois pas le bout du tunnel. Et à chaque fois que la date de la fin de l'état d'urgence approche, hop, on en rajoute encore pour moi, pour mes proches. C'est dur à encaisser", ajoute-t-il.

"Depuis l'assignation de mon mari, je ne peux plus travailler"

Nour, la femme d'Anis, explique à RMC que les conséquences de cette assignation sur sa vie familiale et sa propre vie professionnelle sont importantes.

"Mon mari ne peut plus sortir après 20h, donc des fois, c'est compliqué", témoigne-t-elle. "Il y a eu un épisode où ma petite avait quarante de fièvre un soir. On a dû appeler le commissariat pour emmener la petite aux urgences. Ce sont plein de petits trucs comme ça, qui au quotidien, commencent à peser, depuis le mois de novembre. En plus, je perds mon emploi. Depuis l'assignation de mon mari, je ne peux plus travailler. Je suis assistante maternelle, on m'a retiré mon agrément. On m'a cassé ma vie professionnelle, mon gagne-pain entre guillemets. C'est une double injustice pour nous. C'est quand même dur à encaisser".

Selon la loi de 1995 sur l'état d'urgence, les mesures prises dans le cadre de cet état d'urgence - dont les assignations - cessent en même temps que prend fin l'état d'urgence. Anis, quant à lui, a déposé un nouveau recours devant le tribunal administratif, pour tenter de mettre fin à son assignation. La date d'audience devrait bientôt être fixée.

C. P. avec Elodie Messager