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Sid Ahmed Ghlam a pu téléphoner depuis sa prison: "En 2015, 47.000 téléphones ont été saisis"

Une puce téléphonique a été retrouvée dans la cellule de Sid Ahmed Ghlam, arrêté en avril 2015 alors qu'il était sur le point de commettre un attentat contre une église de la banlieue parisienne. Et ce alors même que cet individu est surveillé de très près. Comment tout cela a-t-il été possible? Explications.

Il est quasiment muet devant les juges depuis son arrestation en avril 2015, mais, depuis sa cellule, Sid Ahmed Ghlam a été très bavard pendant plusieurs mois. Le 20 novembre dernier, une semaine après les attentats, les surveillants de la prison ont retrouvé une puce téléphonique dans la cellule de cet étudiant franco-algérien arrêté en avril dernier et soupçonné d'avoir voulu commettre un attentat contre une église de Villejuif en banlieue parisienne (il est également poursuivi pour le meurtre d'une jeune femme, Aurélie Châtelain, en avril 2015, ndlr). Quelques jours plus tard, une autre puce, neuve cette fois, a été retrouvée. Pourtant, le jeune algérien est alors l’un des détenus les plus surveillés de France.

"Je ne suis pas étonné, assure dans Bourdin Direct Yoan Karar, délégué national FO pénitentiaire à la prison de Fresnes. En effet, en 2015, 47.000 téléphones ont été saisis dans les prisons (alors que le ministère parle, lui, de 31.000 téléphones, ndlr)". Et d'expliquer le processus: "Une partie du téléphone, notamment la puce va être dans une cellule. L'autre partie, donc le téléphone en lui-même, encore dans une autre. Et enfin, le chargeur dans une troisième. Le tout va être seulement réuni au moment de l'utilisation notamment par une technique de yoyotage. C'est-à-dire que l'on prend des lacets ou une corde faite avec des draps pour en faire la transmission de fenêtre en fenêtre pour arriver au point d'utilisation".

"Il faudrait vidéo-surveiller les parloirs"

"Cela se fait en quelques secondes", assure encore Yoan Karar avant d'interroger: "Comment voulez-vous que l'on intervienne au plus vite avec le peu de personnels que l'on a? Généralement, les téléphones sont utilisés la nuit. Or, à Fresnes, notamment, il n'y a normalement qu'un seul surveillant pour gérer plus de 700 détenus. Et la journée, un surveillant s'occupe de 120 détenus."

Yoan Karar insiste: "On a beau être un détenu super surveillé, super dangereux, rien n'est impossible. A Fresnes, les plus gros détenus ont accès à un téléphone comme si vous alliez acheter un timbre à La Poste. C'est monnaie courante".

"Une politique laxiste de la part du gouvernement"

S'il existe bien des brouilleurs d'onde pour empêcher les appels, ceux-ci coûtent chers. "Il y a effectivement certains brouilleurs mais personne ne sait comment ils sont utilisés, déplore Yoan Karar. Un plan de sécurisation des prisons a été mis en place pour un montant de 33 millions d'euros, en 2013. Nous n'en avons toujours pas vu la couleur. Où est donc passé cet argent? On subit depuis des années une politique laxiste sur la question de l'administration pénitentiaire…"

Philippe Goujon, député Les Républicains et membre du groupe d'étude parlementaire sur les prisons, rappelle aussi que "des brouilleurs dernière génération ne sont pas installés dans les établissements pénitentiaires. Aujourd'hui, on peut considérer qu'il y a seulement une dizaine d'établissements sur 170 qui en sont dotés".

Et d'ajouter: "Il faut également installer des filets anti-projection, rétablir les fouilles systématiques aussi bien dans les cellules des détenus que dans les parloirs, qu'il faudrait vidéo-surveiller". Mi-avril, après la découverte de cette puce, Sid Ahmed Ghlam a été transféré et isolé dans la prison de Beauvais, une prison plus moderne qui dispose, elle, d'un système global de brouillage des ondes. Selon nos informations, il a alors entamé une grève de la faim de quelques jours pour protester.

Loin d'être un cas isolé

Sid Ahmed Ghlam n’est pas le seul jihadiste emprisonné qui a pu communiquer avec l’extérieur. Le cas le plus parlant est celui d’un Strasbourgeois de retour de Syrie, Karim, incarcéré à Fleury-Mérogis en mars 2014. Pendant plusieurs mois, il sera en contact avec son frère resté lui aux côtés de l’Etat Islamique. Ce frère c’est Fouad Mohamed Aggad l’un des terroristes du Bataclan. Les deux hommes auraient notamment discuté de projet d’attentats, d’attaque-suicide...

Selon nos informations, de nombreux autres détenus incarcérés pour avoir rejoint un groupe jihadiste posséderaient également un téléphone dans leur cellule. Ils communiquent essentiellement avec leur famille mais aussi avec leurs amis restés en Syrie.

Egalement très surveillés en détention, les recruteurs présumés, ceux qui sont soupçonnés d’avoir organisé les départs de candidats au Jihad. Eux aussi parviennent à communiquer encore avec l’extérieur grâce à des portables entrés illicitement en prison.

M.Ricard avec Judith Chetrit et Céline Martelet