RMC

A Calais, face à la difficulté d’aller en Angleterre, certains migrants demandent l’asile en France

REPORTAGE - Découragés, blessés dans des tentatives désespérées de traversée ou tout simplement sans ressources: à Calais de plus en plus de migrants feraient le choix de la France plutôt que de l’Angleterre. Plus précisément, selon plusieurs associations locales, au moins un tiers des 3 500 migrants auraient déposé une demande d’asile en France.

"C'est la meilleure chance pour eux". Le 4 mai dernier, Bernard Cazeneuve s'était rendu à Calais. Sur place, le ministre de l'Intérieur avait annoncé une série de mesures pour inciter les migrants à demander l'asile en France. Il avait évoqué notamment une réduction des délais, actuellement estimé entre 6 et 10 mois avant d’obtenir une réponse. Force est de constater, trois mois après, que les démarches en ce sens ont augmenté. Ainsi, selon plusieurs associations locales, au moins un tiers des 3 500 migrants auraient déposé une demande d’asile en France plutôt que de se rendre en Angleterre.

"On a eu tellement de problèmes"

Alors qu'ils ne pensaient être là que pour quelques semaines, dans la "new jungle de Calais" en effet, les migrants sont découragés: "Les Anglais ne vont pas nous accorder leur protection… On a eu tellement de problèmes… C’est trop dur maintenant d’aller là-bas. Et en plus on n’a plus d’argent…", explique Mohammed, Soudanais, à Calais depuis sept mois. A côté de lui, un compagnon de galère est plâtré jusqu’en haut du mollet. Il s'est brisé le pied en essayant d'entrer dans le tunnel.

"Aujourd’hui, notre première solution c’est demander l’asile en France, reconnaît-il. On doit attendre ici, être patient. On espère tellement qu'ils vont nous emmener dans une autre ville… Pour avoir un vrai toit et qu'on nous accepte comme réfugiés." Chaque semaine des dizaines de migrants arrivent dans la "new jungle". Et beaucoup d'entre eux, comme Mohammed, suivent des cours de français sur place.

"Pour avoir les papiers, il faut être intégré"

En effet, pour répondre à la demande des migrants, l'école laïque du Chemin des Dunes a vu le jour. Il s'agit d'une baraque en bois de quelques mètres carrés sortie de terre il y a à peine un mois. Elle a été construite par Zimako, Nigérian: "Il m'a fallu trois mois de travail. Presque tout a été ramassé dans les poubelles... Toutes les personnes qui viennent ici veulent apprendre le français parce que pour avoir les papiers, il faut être intégré. Et pour cela, il faut parler la langue".

Et d'ajouter, dans un français impeccable: "On a rien mais au moins on essaye de faire quelque chose". Zimako attend, comme les autres, une carte de résident. Il n'a aucune garantie mais selon les associations locales, à Calais, le taux d’acception des demandes d'asile est deux fois supérieur à la moyenne nationale. De quoi nourrir l’espoir des migrants…

Amélie Rosique avec Maxime Ricard