RMC

Avec les migrants qui tentent de gagner la Grande-Bretagne: "Il faut courir le plus vite possible"

Chaque nuit, des centaines de migrants tentent de pénétrer dans le tunnel

Chaque nuit, des centaines de migrants tentent de pénétrer dans le tunnel - AFP

REPORTAGE - Depuis début juin, les candidats à l'exil vers la Grande-Bretagne depuis Calais (Pas-de-Calais) se sont massivement reportés vers l'entrée du tunnel sous la Manche. Selon l'Intérieur, on compte ainsi "1.500 à 2.000 tentatives chaque nuit" depuis deux mois. Et mercredi soir, à la tombée de la nuit, 100 à 150 migrants ont encore essayé de pénétrer dans le tunnel.

Des hommes, des femmes, des enfants… Chaque jour, à la nuit tombée, le même scénario à Calais: des centaines de migrants, candidats à l'exil, désespérés et prêts à tout pour mettre un pied en Angleterre, tentent, depuis le site d'Eurotunnel, de rejoindre leur eldorado. Et depuis début juin, le rythme s'accélère. En effet, en raison d'importants travaux de sécurisation du port de Calais, barricades et barbelés incitent de nombreux migrants à se reporter sur le site du tunnel. Selon l'Intérieur, on compte ainsi "1.500 à 2.000 tentatives chaque nuit" depuis deux mois.

"Il faut essayer, essayer et encore essayer"

Et ce mercredi soir, à la tombée de la nuit, 100 à 150 migrants ont encore essayé de pénétrer dans le tunnel comme a pu le constater sur place RMC. Bachar, 24 ans, est l'un d'eux. Un départ qui se fait avec un équipement le plus minimal possible pour des questions de survie: "Je n'ai pas d'eau, pas de nourriture, juste ma veste, mes chaussures et mon jean pour courir le plus vite possible". Courir, juste courir… Pas de plan, de stratégie… Tous les soirs, Mouhamad, 26 ans, tente le tout pour le tout.

"Il faut essayer, essayer et encore essayer… Soir après soir… Jusqu'à ce que j'y arrive… Quand un train part, il y a une lumière verte au fond et on a cinq minutes pour y aller, explique-t-il avec détermination. Je le fais pour retrouver mon frère en Angleterre. Je me dois de rester optimiste". Avant de tenter de rejoindre les trains, il faut d'abord ouvrir une brèche dans les grillages qui se trouvent devant eux.

"Quatre ans que je n'ai pas vu ma famille"

Un travail que les migrants entreprennent, dans le calme, à quelques mètres seulement des trains tant convoités. Une fois cette brèche créée, Mouhamad, Bachar et leurs amis se précipitent en direction des trains. La course est engagée mais elle sera brève: des policiers les attendent un peu plus loin. Retour donc à la case départ. Et pour Bachar, c'est comme si sa famille s'éloignait encore un peu plus.

"Ça fait quatre ans que je n'ai pas vu ma mère, mes deux frères et ma petite sœur, assure-t-il. Ils m'ont dit que la vie était belle en Angleterre." Mouhamad, lui, tente de garder le moral et pense déjà à la suite: "Même si la police m'a forcé à rebrousser chemin, ce n'est pas un problème. Je retenterai ma chance demain et après-demain".

Quentin Pommier avec Maxime Ricard