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"C'est de l'eugénisme": Laetitia, autiste, est morte après un refus de transfert en réanimation

Laetitia, autiste et atteinte de troubles psychotiques, est morte en 2019 à l’hôpital de Laon après le refus du médecin de garde de la transférer en réanimation, en raison de son "infirmité mentale". Aujourd'hui, sa famille veut que l'hôpital reconnaisse sa faute.

La fille de Patricia, Laetitia, autiste et atteinte de troubles psychotiques, est morte le 17 août 2019 à l’hôpital de Laon, dans l'Aisne. Elle avait 37 ans. Cinq jours plus tôt, Laetitia avait été retrouvée suffocante dans sa chambre du centre spécialisé, où elle vivait. Conduite aux urgences, elle avait été soignée pour une pneumopathie. Mais lorsque son état s'était dégradé, le médecin de garde avait refusé de la transférer en réanimation, en raison de son "infirmité mentale". Elle était morte 24h plus tard.

Aujourd'hui, Patricia dénonce cette décision. "Elle est partie en cinq jours de temps dans une atroce souffrance. Ils ne se sont pas occupés d'elle. Comme elle était handicapée, ils se sont dit qu'elle n'avait plus rien à faire sur Terre et qu'ils allaient la débrancher. Ils l'ont donc mis en chambre normale alors qu'elle aurait dû être en réanimation. Je n'ai même pas pu la serrer dans mes bras", raconte-t-elle à RMC.

Une requête en indemnisation déposée

Fin janvier, près d’un an et demi après les faits, le tribunal d’Amiens a désigné un expert judiciaire, pour comprendre, justement. Et ses conclusions sont sans équivoque: le refus d’admission en réanimation en raison des antécédents psychiatriques de Laetitia est "une décision contestable" et" "contraire aux bonnes pratiques", selon l’expert judiciaire. La responsabilité du centre hospitalier est donc engagée.

Et c’est une information RMC: une requête en indemnisation a été déposée fin septembre devant le tribunal d’Amiens par l’avocat de la famille, Me Christophe Donnette.

"C'est quelque chose que je trouve incroyable. C'est de l'eugénisme. Comment peut-on refuser de soigner un patient en raison du fait que c'est une personne handicapée? Cela m'inquiète sur le fonctionnement de cet hôpital parce que si on a une désorganisation de l'hôpital qui a conduit une fois à ce drame et qu'on n'a pas pris en compte cette désorganisation, elle risque de se reproduire", assure le conseil.

L’avocat et la famille envisagent de déposer une plainte pénale, cette fois-ci, pour homicide involontaire.

"Je ne vis plus, je survis"

Ce que souhaite aujourd’hui, Patricia, la maman, c’est que l’hôpital reconnaisse sa responsabilité dans le drame qu’elle a vécu.

"Je ne vis plus, je survis. Je veux qu'ils reconnaissent leur erreur médicale et qu'ils écrivent noir sur blanc qu'ils regrettent. Moi, je n'arrive pas à faire mon deuil et je n'arriverai jamais à le faire", raconte Patricia.

RMC a contacté l’hôpital, qui a répondu en une phrase: “Après réflexion, la Direction du Centre Hospitalier de Laon ne souhaite pas utiliser son droit de réponse".

RMC a aussi pu discuter avec un représentant syndical. Il explique que la direction a changé en février 2020, soit un peu moins d’un an après la mort de Laetitia. Et selon lui, le nouveau directeur a hérité de dix ans de dysfonctionnements et de désorganisation au sein de la structure.

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Amélie Rosique, Elise Denjean