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Des migrants mineurs fuient les centres d'accueil: "On n'a pas les structures pour les surveiller"

Les premiers centres d'accueil pour migrants mineurs viennent à peine d'ouvrir que déjà, certains d'entre eux prennent la poudre d'escampette. Dans deux d'entre eux, à Fouras (Charente-Maritime) et à Saxon-Sion (Meurthe-et-Moselle), la moitié des réfugiés est déjà repartie par ses propres moyens.

Cette fois, c'est bien fini. Un an et demi après la naissance du camp, le démantèlement de la "Jungle" de Calais s'est achevé lundi. Et dans un entretien à La Voix du Nord, ce mardi, François Hollande s'est montré catégorique: ce bidonville ne verra plus jamais le jour. "Je les assure qu'il n'y aura pas de réinstallation sur la lande. Elle est évacuée. Elle sera sécurisée. Plus personne ne pourra la rejoindre", a assuré le président de la République dans cet entretien.

"Une situation inextricable"

Problème: les migrants déplacés vers les centres d'accueil en repartent déjà. Une situation prévisible selon les associations qui estiment que le démantèlement de Calais a été fait en urgence, sans solution d'accueil pérenne sur le terrain. Le directeur général de France Terre d'Asile, Pierre Henry, évoque, quant à lui, une "situation inextricable" car "les migrants veulent retourner à Calais".

Par exemple, dans la commune de Fouras-les-Bains, en Charente-Maritime, sur les 22 migrants arrivés jeudi dernier, la moitié a déjà pris la poudre d'escampette. Il s'agit de 11 mineurs soudanais, afghans, erythréens qui n'avaient qu'une seule idée en tête depuis leur arrivée: rejoindre l'Angleterre. Où sont-ils désormais? Sylvie Marcilly, la maire LR de cette petite commune de 4.000 habitants est bien incapable de répondre, dépassée par les événements.

"Je suis complètement démunie"

"On n'a pas les structures pour les surveiller nuit et jour, déplore-t-elle sur RMC. Ce n'est pas une prison. Ce n'est pas un centre de détention. Aujourd'hui, je suis complètement démunie. Qu'est-ce que vous voulez que je dise à ces jeunes? Ils ont quitté leur pays avec une mission, un but, un objectif: aller en Grande-Bretagne. Ils n'ont que ça en tête. Je suis donc totalement impuissante devant cette situation".

Et d'ajouter: "Pour moi, cela reste une grand opération de communication. On démantèle Calais, cela fait plaisir à tout le monde mais après qui gère? Ça ce sont les élus locaux qui doivent se dépatouiller. C'est bien dommage. Pour eux et pour nous". La situation est la même à 700 kilomètres de là dans le village de Saxon-Sion, en Meurthe et Moselle. En l'espace de trois jours, là aussi, la moitié des 40 migrants arrivés la semaine dernière a déjà plié bagage.

"Ils veulent aller en Angleterre"

Un phénomène encore difficile à mesurer à l'échelle du territoire mais qui était prévisible estime François Guennoc, vice-président de l'association calaisienne l'Auberge des migrants: "Ce n'est pas vraiment une surprise parce que tous ces jeunes montent dans des bus et vont aux quatre coins de la France alors que ce n'est pas là qu'ils veulent être puisqu'ils veulent, pour l'essentiel, aller en Angleterre".

Les associations redoutent aussi que ces jeunes migrants se retrouvent à la rue, sans prise en charge à la merci des passeurs. "Ils peuvent être entre de très mauvaises mains contre des promesses de passer en Angleterre, s'alarme François Guennoc. Cette population est donc encore plus fragilisée qu'elle ne l'était auparavant dans le camp".

Maxime Ricard avec Juliette Droz