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Accusé de "violences aggravées", un instituteur d'Eaubonne se suicide: le choc et la colère des enseignants

Un instituteur d'Eaubonne s'est suicidé, 24 heures après avoir appris qu'une mère d'élèves avait porté plainte contre lui.

Les proches de l'instituteur ont encore du mal à réaliser. Tout est allé si vite. Tout a été si violent.

Au départ un incident banal de discipline avec un élève dans la cour de récréation. Ce jour-là, l'enseignant de 57 ans demande à un élève de CP de se calmer. Le garçon refuse et le professeur l'aurait alors saisi par le bras. Une version que conteste la famille de l'enseignant: elle affirme qu'un collègue présent au moment des faits parle d'un simple rappel à l'ordre verbal.

Deux jours plus tard, la directrice de l'établissement signale le dépôt d'une plainte de parent d'élève pour "violences aggravée". 

Eve, une amie très proche de l'instituteur nous raconte la suite: "Il arrive à l'école et on lui annonce qu'il a une plainte pour 'violences aggravées', que la mère d'élève a porté plainte, elle n'est pas venue le voir, elle ne lui a rien dit, il ne sait pas ce qu'il a fait et il a une plainte. Pour lui, c'est une gifle".

Une épreuve insupportable pour cette homme de 57 ans, réputé exemplaire dans son travail. Qui décide de mettre fin à ses jours, le lendemain:

"Ce n'était pas quelqu'un de violent, c'était quelqu'un qui aimait ses élèves, qui aimait son métier. C'est le déshonneur qui vous tombe dessus comme une chape de béton. Une hiérarchie qui ne vous soutient pas qui n'est pas là au bon moment. C'est épouvantable".

"On se sent tous concernés"

Ce sentiment de solitude face aux parents d'élèves, face à la hiérarchie, de nombreux enseignants l'ont déjà vécu. En hommage à cet instituteur qu'ils ne connaissaient pas, ils observeront aujourd'hui une minute de silence dans les salles des profs, un peu partout en France. Patrick, prof de maths, participera:

"On se sent tous concernés avec les parents qui contestent toutes les décisions. Donc si nous n'avons pas le soutien de la direction, on peut très facilement se sentir seul et entamer une spirale de dépression".

Une pétition a été également signée par plus de 3.500 enseignants, pour demander au gouvernement de tout faire pour mettre fin à ce qu'ils considèrent comme des dénonciations calomnieuses de certains parents d'élèves.

Sa famille réfléchit aujourd'hui à d'éventuelles poursuites judiciaires car plusieurs questions restent en suspens, notamment celle de l'accompagnement. Pourquoi cet enseignant n'a-t-il pas été mieux entouré par sa hiérarchie? Elle demande également que la lumière soit faite sur la teneur de la plainte afin de savoir si l'enseignant de 57 ans a réellement violenté cet enfant.

Marie Régnier (avec P.B.)