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Comment la technique controversée du "plaquage ventral" est enseignée aux forces de l'ordre

Au centre de formation de la police nationale, à Paris, le conseiller technique national de la police a accepté de nous montrer les techniques d'immobilisation, dont le controversé "plaquage ventral".

Le plaquage ventral est une technique policière internationalement décriée. Les policiers n'aiment d'ailleurs pas beaucoup ce terme, et préfèrent parler de "technique pour amener au sol". En France, plusieurs décès sont soupçonnés d'être liés à cette technique d’immobilisation enseignée en école de police et de gendarmerie. Le JDD, dimanche, recensait 20 morts en 30 ans.

On pense notamment à Adama Traoré, mort en 2017 d’un "syndrome asphyxique" le jour de ses 24 ans. Dernière affaire en date: Cédric Chouviat. Ce livreur francilien de 42 ans est mort le 5 janvier après avoir été interpellé à Paris.

Immobilisé au sol par trois agents, il a fait un malaise cardiaque et il est décédé 48 heures plus tard. Il aurait été victime d'une asphyxie "avec fracture du larynx". Aux États-Unis, plusieurs villes comme Los Angeles ont banni sa pratique à cause de sa dangerosité. En Europe, plusieurs États ont renoncé à la technique policière: la Suisse l’a abandonnée en 2001, la Belgique a suivi le mouvement et l’a interdite en 2005.

En France, la technique est encadrée sans toutefois être interdite, malgré le plaidoyer récurrent de plusieurs ONG comme Amnesty International, la Ligue des droits de l’Homme ou l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT).

"Il y a plein de critères aléatoires qui peuvent parfois amener à ce qu'il y ait un accident"

Au centre de formation de la police nationale, à Paris, le conseiller technique national de la police a accepté de nous montrer les techniques d'immobilisation (voir vidéo ci-dessus). Coucher l'individu face contre terre pour pouvoir le menotter dans le dos est enseigné à tous les policiers de France.

Pour bien comprendre les techniques d'immobilisation lors d'une intepellation, nous avons participé à la simulation d'un plaquage au sol. Un policier fait une clef de bras, un autre met son genou sur la hanche et un dernier exerce une pression sous l'oreille.

"Cette douleur évite de porter des coups. La pression est portée sur la ligne des épaules ce que l'on appelle la ligne scapulaire."

Cette technique de plaquage ventral controversée est jugée trop dangereuse à la suite de plusieurs cas d'asphyxie. Le commandant reconnaît qu'il peut y avoir des risques. 

"Il y a plein de critères aléatoires qui peuvent parfois amener à ce qu'il y ait un accident. Des problèmes pulmonaires, cardiaques etc. Ca on ne peut pas le savoir, ils ne sont pas apparents. Mais on essaye d'être attentifs à la respiration. Mais on ne va pas forcément pouvoir dans le vrai stress de l'intervention pouvoir tout analyser."

La France déjà condamnée par la justice européenne

Mais aujourd'hui, il faudrait d'avantage de formation.

"Les policiers sont sur-employés, donc le temps de la formation se réduit. Sans formation continue ou régulière on peut éprouver certaines difficultés sur des situations de police." 

Alors y a t'il un manque de formation des policiers ou parfois un non-respect des consignes ? La Cour européenne des droits de l'Homme a en tout cas condamné deux fois la France pour mauvaise pratique du plaquage ventral.

Romain Poisot (avec J.A.)