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Faut-il créer des établissements regroupant école primaire et collège? Ça fait débat sur RMC

Un amendement déposé par une députée La République en marche propose de créer des établissements publics des savoirs fondamentaux. Une mesure qui inquiète de nombreux enseignants. Ils étaient 36.000 à manifester à travers toute la France ce week-end, notamment contre cet amendement.

Dans le jargon éducatif, on appelle cela l’école du socle, un regroupement de classes où l’on apprend les savoirs fondamentaux, de la petite section de maternelle à la classe de troisième. Il n’y a plus de rupture pour l’élève. Il effectue toute sa scolarité dans le même établissement jusqu’en 3e.

L’idée de l’amendement serait de le mettre en place sur la base du volontariat, là où les communautés éducatives l’estiment utile et sur décision des collectivités territoriales. L’avantage, c’est de développer les projets éducatifs et de mutualiser les coûts entre communes et départements.

Aujourd’hui, la moitié des 45.000 écoles de France comptent moins de 4 classes, avec des menaces de fermeture et des difficultés de gestion. Il y aurait un chef d’établissement pour toute la structure et un adjoint qui conserverait les missions qui incombent aujourd’hui au directeur d’école primaire.

Mais Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat SE-UNSA, ne voit pas l’intérêt. Il a manifesté samedi en Dordogne:

"Le principal risque, c'est la perte de sens. C'est l'affaiblissement de la vie pédagogique des équipes parce qu'on arriverait avec une structure qui fonctionne sur le papier mais qui n'a pas une réalité de vie avec les acteurs. Acteurs qui se sentiraient dissous, en particulier du premier degré. Les mobilisations vont se poursuivre durant tout le mois d'avril durant lequel il est nécessaire d'avoir des preuves concrètes d'une évolution en profondeur du texte de loi quand il passera au Sénat à la mi-mai".

Jean-Michel Blanquer a déjà prévenu qu’il était prêt à amender sa loi avant son passage au Sénat au mois de mai. Il assure que le regroupement ne se ferait qu’à condition d’un consensus local. Qu’il n’y a rien d’obligatoire. Qu’il s’agit avant tout de donner un cadre légal à ce qui existe déjà, çà et là, en milieu rural, sous forme d’expérimentation.

"Ca ne s'appliquera pas à tous les territoires"

Expérimentation plutôt satisfaisante d’ailleurs selon Philippe Vincent, le secrétaire général du SNPDEN, le syndicat des directeurs d’établissements. Lui défend la mesure depuis 10 ans:

"Nous on était partis du constat qu'un certain nombre de collèges publics étaient en difficulté parce qu'avec des petites structures et des effectifs très faibles et qu'à côté, un certain nombre d'écoles étaient vraisemblablement dans la même situation et que l'idée de les regrouper pouvait redonner du sens et peut-être une offre plus étoffée. Il est évident que ça ne pourra pas s'appliquer à tous les territoires, à toutes les situations. Il faudrait que ça parte d'un volontariat et ensuite, selon les situations, selon les lieux, ça peut être une solution à tenter".

En France, de nombreux établissements privés fonctionnent déjà sur ce modèle.

Un modèle qui est devenu la règle en Allemagne ou encore en Finlande. On appelle ça l’enseignement fondamental. Il dure 9 ans, avec les mêmes professeurs. Depuis sa généralisation, la Finlande est devenue l’un des meilleurs pays au monde dans les classements éducatifs internationaux.

Matthieu Rouault