RMC

Faut-il plus de moyens dans l'apprentissage? Ca fait débat sur RMC

Avec un plan composé de 22 mesures, Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, veut rendre l’apprentissage plus attractif.

Faire de l'apprentissage une voie d'excellence, avec notamment une meilleure rémunération des élèves: c'est l'objectif que lance Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, qui a présenté, vendredi dernier, un plan composé de 22 mesures concrètes et qui concerne 400.000 jeunes.

Ainsi, concrètement et dans le détail, à l'avenir, les jeunes de 16 à 20 ans pourront être payés 30 euros net de plus par mois, pour les plus âgés, ce sera le SMIC au minimum une aide de 500 euros pour les apprentis qui veulent passer leur permis de conduire sera fournie ; des possibilités d'effectuer des études à l'étranger via Erasmus, et enfin, l'âge limite pour devenir apprenti sera repoussé à 30 ans.

L'emploi du temps plus proche de la vie professionnelle

Des aides à l’embauche ciblées sur les TPE, la durée du contrat d’apprentissage pourra être modulée pour tenir compte du niveau atteint par le jeune sont également imaginées. Une autre mesure, très attendue notamment par certains secteurs: les horaires de travail. Des modifications pourraient être appliquées pour permettre aux jeunes apprentis de commencer à 5h au lieu de 6h en boulangerie-pâtisserie, et un passage de 35 à 40h de travail - payées en heures supplémentaires - pour les mineurs apprentis dans le secteur du BTP ou la restauration, comme l'a confirmé le cabinet de Muriel Pénicaud à RMC. 

Une mesure qui rétablit une certaine logique, selon Céline, boulangère en Gironde: 

"On commence à travailler vers 3h du matin, on allume le four, on travaille les pâtes... Les apprentis ne peuvent arriver qu'à partir de 6h, donc il y a toute une partie du travail qu'ils ne voient pas, qu'ils ne peuvent pas apprendre. C'est surtout que ça ne leur apprend pas à se lever tôt, les contraintes du métier".

La colère des régions contre le financement des CFA

Ce qui a plus de mal à passer, c'est la réforme du financement. Pour faire simple: jusqu'à maintenant, les régions avaient la main et assuraient un accès de manière égale à toutes les formations sur tout le territoire. Une compétence qu'elles vont donc perdre, tout comme le budget qui allait avec. Désormais, chaque centre de formation des apprentis pourra développer son activité, adapter ses formations en fonction du besoin du territoire et en collaboration avec les entreprises. Ces CFA seront désormais financés en fonction du nombre d'élèves qu'ils accueillent. Autrement dit, plus il y a de contrats, plus il y a de budget et le risque serait donc de voir certaines formations disparaître, car pas assez rentables.

Une dérive que dénonce François Bonnneau, président de la région Centre-Val de Loire. Il a lancé une pétition, qui recueille 5300 signatures pour protester contre le projet de réforme de l'apprentissage: 

"Pour les centres de formation d'apprentis qui, dans certaines spécialités, parce qu'ils sont dans des zones rurales, ont des nombres limités d'élèves, ça créé une situation très menaçante. On peut ne pas avoir l'équilibre. Si vous avez 12 apprentis, mais que l'équilibre financier est à 24, la section devra fermer".

"Le système actuel s'embourbe parce qu'il souffre d'une trop grande complexité propre à notre pays", a ainsi défendu le Premier ministre, Edouard Philippe, vendredi lors de la présentation de ce plan. "L’ambition, c’est (...) de
transformer le dispositif actuel d’organisation et de fonctionnement de l’apprentissage pour en faire un élément clé, la meilleure des solutions peut-être pour lutter contre le chômage des plus jeunes." Ce taux est aujourd'hui d'environ 22%.

Matthieu Rouault & X.A