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Garde alternée: "Attention aux enfants de moins de trois ans"

La garde alternée doit-elle être le principe de base en cas de séparation des parents? Le débat est lancé par le député MoDem Philippe Latombe avec une proposition de loi examinée ce mercredi en commission des lois. Pour le psychologue Gérard Poussin, la garde alternée est une bonne chose mais doit être adaptée en fonction de l'âge de l'enfant.

Gérard Poussin est psychologue et auteur de Réussir la garde alternée:

"Les données scientifiques que l'on a, c'est que les enfants qui sont en résidence alternée ne présentent pas davantage de problèmes psychologiques que les enfants de familles non séparées. Et si on les compare avec des enfants de famille monoparentale, ils vont plutôt un petit peu mieux sur le plan psychologique.

C'est évidemment une moyenne, donc on peut toujours trouver des enfants qui vivent très mal la résidence alternée. Mais les enfants en résidence alternée vont plutôt bien, en tout cas pas plus mal que les autres.

Après il faut quand même nuancer selon l'âge, notamment pour les enfants jusqu'à 3 ans. Un enfant très jeune n'a pas le même équipement neurologique et n'a donc pas les mêmes capacités de mémoire. Pour lui, être séparé d'un parent pendant une semaine, ça pose question. Donc il faut trouver des alternances plus courtes. Si vous imposez à l'enfant des rythmes qui ne leur conviennent pas ils vont développer des troubles psychosomatiques: des troubles du sommeil, des angoisses.

Il ne faut pas non plus chercher une forme d'équivalence parfaite. A partir du moment où un enfant passe 35% de son temps avec un de ses parents, il est déjà en résidence alternée, donc ce n'est pas le 50/50 qui est important.

"Mieux vaut ne pas perdre le contact"

Il faudrait aussi que tout le monde s'accorde sur le fait qu'il est mieux de ne pas perdre le contact avec un de ses parents. Bien sûr, ce n'est pas parce qu'un enfant voit chaque parent la moitié du temps que c'est idéal, mais il faut un certain temps tout de même. Si l'enfant voit un de ses parents une fois tous les 6 mois, il est évident qu'il ne peut pas créer de lien d'attachement avec lui.

Mais pour faire une résidence alternée, il faut évidemment certaines conditions. Si les parents habitent trop loin l'un de l'autre, ça ne va pas marcher. Il y a des principes de base. L'idéal c'est que les parents n'habitent pas trop loin et que chacun puisse s'organiser selon son emploi du temps et ses obligations.

Toutes les études montrent que le lieu de résidence n'est pas le facteur principal quand il y a des difficultés chez un enfant dont les parents se séparent. Le facteur principal, c'est la paupérisation, dans les cas où il y a une grosse baisse de niveau de vie. Le deuxième facteur, ce sont les conflits entre parents. La troisième chose, c'est la qualité de la relation parent-enfant. Quand un enfant a une mauvaise relation avec un de ses parents, ça a des conséquences sur le plan psychologique."

Propos recueillis par Paulina Benavente