RMC

Interpellations devant un lycée à Nanterre: "Ils étaient à 4 sur lui", s'indigne une parent d'élève

Le lycée Joliot-Curie à Nanterre (Hauts-de-Seine), secoué par de vives tensions depuis le début de la semaine, rouvre ce vendredi. Les parents, eux, ont peur d'envoyer leurs enfants. Les élèves protestent contre la fin du dispositif d'aide aux devoirs, l'interdiction d'emmener de la nourriture, contre le règlement intérieur et le cadre d'application du principe de laïcité, mais aussi en soutien à un enseignant muté. RMC a recueilli le témoignage d'une mère dont le fils a été interpellé.

Les tensions sont vives depuis le début de la semaine au lycée Joliot-Curie à Nanterre (Hauts-de-Seine). Les élèves protestent contre la fin du dispositif d'aide aux devoirs, l'interdiction d'emmener de la nourriture, contre le règlement intérieur et le cadre d'application du principe de laïcité, mais aussi en soutien à un enseignant muté.

Le problème c'est que leur protestation s'est soldée par des heurts avec les forces de l'ordre. Les parents et enfants estiment que les conditions ne sont pas réunies pour aller au lycée sereinement, mais il rouvre quand même ce vendredi.

Jeudi soir, l'académie de Versailles a annoncé que, "pour assurer un climat scolaire serein", elle allait "renforcer le dispositif d'aide aux élèves dès le 17 octobre" et qu'elle déploierait bientôt deux assistantes pédagogiques pour "accompagner les élèves qui en font la demande".

36h de garde à vue pour son fils

De nombreux élèves ont été interpellés et placés en garde à vue durant la semaine. Pour les parents, c'est l'incompréhension et la colère. Ils n'ont pas été informés par la direction du lycée que leurs enfants étaient en garde à vue. RMC a recueilli le témoignage d'une mère dont le fils a été interpellé.

"J'ai essayé de joindre le lycée, personne n'était disponible. J'ai ensuite appelé la police, ils m’ont dit qu’il y avait des enfants en garde à vue mais qu’ils ne pouvaient pas m’en dire plus et qu’un avocat commis d’office nous appellerait", affirme Sarah, la mère d'un lycéen de 17 ans placé en garde à vue pendant 36h.

Son fils aurait été injustement interpellé. "Heureusement pour lui, il était pacifiste. Il faisait parti du cordon de sécurité, les professeurs étaient très étonnés de le savoir en garde à vue. Il a demandé aux policiers de le lâcher mais ils étaient quatre sur lui, ils l’ont interpellé violemment c’est ce que m’ont confirmé les professeurs et ses camarades."

Des revendications légitimes pour cette maman

La mère de famille comprend les revendications des élèves.

"Ils ont demandé de rétablir l’aide aux devoirs. Il y a deux étudiants qui aident les enfants alors que l’année dernière, les professeurs assuraient cette aide et c’était une bonne initiative. Il y a aussi la suppression de l’ENT (espace numérique de travail), où les parents pouvaient diffuser des messages. On n’a plus accès à cette plateforme, simplement à Pronote alors on ne peut plus diffuser d'informations", déplore-t-elle.

Les jeunes se mobilisent aussi pour porter les vêtements qu'ils veulent. "Il y avait une note interne qui disait que les filles ne pouvaient pas porter de longues robes. Elles étaient stupéfaites parce qu’elles ne peuvent pas porter de crop top (t-shirt court) et elles ne peuvent pas porter de longues robes. Les élèves ont donc demandé à ce que leurs camarades puissent s’habiller comme elles veulent, dans la limite de la décence", ajoute Sarah.

Elle dénonce également le manque de soutien de la direction de l'établissement mais souligne celui des enseignants. C'est d'ailleurs eux qui ont téléphoné aux parents pour les informer de l'interpellation des jeunes, d'après elle. "Ils sont venus au commissariat et ils sont restés avec nous. Ils nous ont soutenu."

De nombreuses vidéos prises

Plusieurs élèves vont être présentés à un juge pour "violences aggravées", mais pas son fils. "Ils voulaient nous faire croire que nos enfants étaient des délinquants, heureusement que nous on sait qu’ils n’en sont pas. Ils les ont pris un peu au hasard parce qu’aucun d'entre eux n’étaient connus des services de police de Nanterre."

Elle se rassure en se disant que de nombreuses vidéos ont été prises.

"Il y a celles de la Ville, mais aussi les caméras embarquées des policiers et les vidéos des lycéens, alors il y a matière à disculper nos enfants."

En attendant, si son fils n'a pas de séquelles physiques, "il n'est pas très bien psychologiquement. Il est sonné, choqué, on le garde à la maison jusqu'à lundi au moins et on va essayer de prendre rendez-vous avec psychologue", conclut Sarah.

Lucile Pascanet et Astrid Bergere