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Le bac est-il plus facile qu'avant? "C'est une impression, les candidats n'ont pas du tout cette perception"

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Les quelques 720.000 candidats au baccalauréat, dont les épreuves débutent ce jeudi, doivent-ils vraiment se faire du souci? Avec des taux de réussite record ces dernières années - près de 90% l'an dernier -, beaucoup considèrent que le bac est quasiment "donné" aujourd'hui. Une impression que réfute Marie-Caroline Missir, directrice de la rédaction du groupe L'Étudiant, jointe par RMC.fr.

Marie-Caroline Missir, directrice de la rédaction du groupe L'Étudiant.

"Le bac est-il plus facile qu'avant? C'est une impression qui est confortée par une confusion entre le taux de réussite au bac et le taux d'atteinte d'une classe d'âge du niveau baccalauréat. Effectivement le taux de réussite n'a cessé d'augmenter pour atteindre des records - on est à 88,5% de réussite au bac -. C'est un fait et cela s'explique par une politique volontariste des pouvoirs publics. Depuis Jean-Pierre Chevènement (ministre de l'Education de 1984 à 1986 sous François Mitterrand, ndlr), le gouvernement a fixé un objectif de mener 80% d'une classe d'âge au niveau du bac. Du coup, on a eu un effet exponentiel de la réussite des élèves, auquel s'est ajouté la création du baccalauréat professionnel dans les années 80. Cela a créé un effet de masse qui s'est traduit par une augmentation du taux de bacheliers.

"Un effet de masse"

Maintenant, le taux d'accès d'une génération au niveau du bac est plus faible, on n'est pas sur des niveaux proches de 90%. La confusion de ces deux taux fait qu'on a l'impression que le baccalauréat est donné. On peut quand même se dire que c'est positif qu'une large partie de notre jeunesse soit capable de faire des études supérieures.

A cela s'ajoute cette phrase récurrente dans les repas de famille: 'moi quand j'ai passé le bac c'était plus dur'. On a tous cette mémoire du bac qui fait qu'on a toujours le sentiment que c'était plus difficile avant. Tout le monde aujourd'hui en France est capable de disserter sur le niveau du baccalauréat.

"Il y a parfois des consignes d'indulgence"

L'autre élément qui favorise cette impression, c'est qu'on n'a pas vraiment d'étude sur le niveau du bac. On a ces taux, qui nous donnent des indicateurs, mais pas d'étude vraiment qualitative, comme les études PISA (qui donnent le niveau des élèves de 15 ans tous les trois ans dans certaines matières). Sur le bac on a des épreuves qui changent au gré des réformes, mais le barème de correction est très secret. Après, il faut dire la vérité, il y a parfois des consignes d'indulgence, de clémence sur la correction des copies. Le bac est un monument national, mais c'est un examen aussi très politique. Ses taux de réussite vont être déterminant dans l'analyse des politiques éducatives qui vont être menées. Ce serait normal de rendre public les barèmes de notation.

Mais je pense tout de même qu'il est hasardeux de dire que le bac est donné et ne sert plus à rien. Quand vous posez la question aux lycéens - ce que nous avons fait, nous, à L'Etudiant -, les candidats n'ont pas du tout cette perception. Ils trouvent que le bac est difficile, avec un stress très fort.

Avant de dire qu'il ne sert à rien et n'a aucune valeur, écoutons les lycéens, écoutons les parents qui se stressent pendant des mois pour la réussite de leur enfant. Le stress et l'angoisse des familles nous disent quelque chose sur la difficulté et ce que représente cet examen."

Propos recueillis par Philippe Gril