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"Nous n'avons jamais traité les enfants avec obscurantisme": une école musulmane menacée d'une fermeture administrative

Le ministre de l'Éducation a envoyé une lettre aux parents d'élèves pour leur demander de retirer leurs enfants de cette école. L'établissement a porté plainte contre lui.

L'école Philippe Grenier, à Echirolles, est en pleine polémique. L'école privée hors contrat est dans le viseur de Jean-Michel Blanquer. Le ministre de l'Éducation l'a qualifiée "d'école d'inspiration salafiste".

Il a envoyé un courrier aux parents pour que les enfants soient déscolarisés "immédiatement".

"Nous avons tous les éléments pour savoir que cette école n’est pas conforme au droit. C’est mon devoir de protéger les élèves. Et c’est aussi mon devoir de garantir que, sur le territoire de la République, il n’y a pas un enseignement contraire aux lois de la République. Il faut en finir avec un certain cynisme des acteurs", affirme le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer. 

L'établissement est aussi sous le coup d'une fermeture administrative décidée par la justice en février dernier pour des manquements dans le programme éducatif. 

Enseignement du Coran et de l'Arabe

Pourtant, les parents d’élèves ne voient pas la situation du même œil. Dans l’établissement, des dizaines de dessins sont accrochés sur des murs colorés, ou encore des exposés sur le système solaire. Pour Aurélia, bénévole et parent d'élèves de l'école Philippe Grenier, tout cela n'a rien de salafiste.

"Il y a l’enseignement du tronc commun, français, histoire-géographie, sciences... et en plus de ça des heures de Coran et d’Arabe, et non à la place de", explique-t-elle. 

Pour ces deux matières, l’enseignement est de huit heures par semaine en moyenne. Cette mère de famille a bien reçu le courrier de Jean-Michel Blanquer, lui demandant de changer ses trois enfants d'école. Mais Aurélia ne le fera pas.

"Ils ont leur équilibre ici, ils ont leurs apprentissages qui sont en cour ici. Si je les change d’école, ils ne connaissent pas les enfants, ils ne connaissent pas les enseignantes, ils ne savent pas où ils en sont au niveau du programme. Je pense que les miens ne sont pas du tout en retard justement donc je n’ai pas envie de leur infliger ça", précise-t-elle.

Plainte contre Jean-Michel Blanquer

Les familles de la centaine d'enfants scolarisés s'exposent donc à des sanctions pénales. Le directeur de l'école, lui, veut faire entendre raison au ministre de l'Education.

"Je dis au ministre que je ne comprends pas sa démarche. Jamais, on a traité les enfants avec obscurantisme. On a traité nos enfants avec les moyens dont on disposait et c’était très compliqué. On a toujours cherché à s’améliorer contrairement à c qu’on a entendu", affirme-t-il. 

Les enseignantes aussi demandent à pouvoir faire leur preuve. Elles espèrent juste que le ministre leur laissera un peu plus de temps. L'école ouverte depuis 2016 annonce en réponse vouloir porter plainte pour diffamation. "Je considère le fait de porter plainte contre moi comme une tentative d’intimidation, et c’est inacceptable", a réagi Jean-Michel Blanquer. 

Jean-Wilfrid Forquès avec Guillaume Descours