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"Oui, j’ai peur": à Arles, un mur autour d’une école pour protéger les enfants face aux dealeurs

Dans le quartier de Griffeuille, à Arles, un mur est en construction autour d’une école élémentaire pour protéger les enfants et les enseignants face à la violence générée par les dealeurs. Il y a deux semaines, une balle perdue a causé la mort de Marwane, un adolescent de 15 ans.

Un mur de 2m30 de haut, tout autour de la cour de récréation, à la place de la grille initiale. A l’école élémentaire Jules Vallès, à Arles, ce mur va désormais protéger les enfants et les enseignants face à la violence provoquée par les dealeurs dans ce quartier de Griffeuille, où plus personne n’ose sortir. Il y a deux semaines, une balle perdue d'une kalachnikov a causé la mort de Marwane, un adolescent de 15 ans. La mairie estime ne plus avoir le choix. "Les enseignants nous disaient, depuis plusieurs semaines, ne plus sortir les enfants en récréation", explique Mandy Graillon, adjointe à la sécurité de la ville d’Arles, qui assure que "c’est plutôt pour un effet coupe-vue".

"Monter un mur, comme ça, c’est un peu choquant, surtout pour les enfants. Mais ils sont traumatisés aujourd’hui. Et nous les parents, nous ne sommes pas contents", confie Nathalie (*), maman de deux élèves, dans "Apolline Matin" ce mercredi sur RMC et RMC Story. Son fils aîné, Nicolas (*), était en CM2 cette année. A-t-il peur ? "Oui"¸ répond-il au micro de RMC, en direct. Ce mur le rassure-t-il ? "Non". A-t-il déjà assisté à des fusillades ? "Oui. Il y a des gens qui sont venus, qui ont tiré sur Marwane. Après, ils sont repartis et les pompiers sont arrivés pour prendre Marwane".

A la rentrée, le fils aîné de Nathalie ira au collège. Et son petit frère en CP. Elle demande aux pouvoirs publics d’agir pour protéger le quartier et s’occuper de ces jeunes enrôlés par les dealeurs.

"On demande que les quartiers soient en sécurité et qu’ils mettent des éducateurs. C’est à monsieur le maire et au président de la République de faire quelque chose pour ces jeunes-là, qui guettent. Les petits de 14-15 ans, ça fait mal de les voir là en train de guetter. La police les arrête et les relâche, parce qu’ils sont mineurs. Il n’y a rien qui est fait. Il faudrait au moins qu’ils mettent en place des éducateurs. A la ville d’Arles, le maire a tout enlevé pour les jeunes. Il faudrait qu’il mette quelque chose en place. Et qu’il remette la sécurité, que la police municipale tourne, qu’il ne laisse pas le quartier vide comme ça. Il n’y a plus personne dans le quartier."

"Il n’y a plus aucun territoire qui est épargné"

Porte-parole du Syndicat indépendant des commissaires de police, Matthieu Valet veut assurer ces familles, qui vivent dans des quartiers difficiles, du soutien des forces de l’ordre.

"Les policiers ne les abandonneront jamais. C’est le cœur du métier des policiers, notre carburant. Ce sont des personnes qu’on n’entend jamais, à qui on ne donne jamais la parole. Ce ne sont pas les enfants qu’il faut mettre derrière les murs, ce sont les voyous qu’il faut mettre derrière des murs de prison. L’école, c’est le sanctuaire de la République. C’est là où on apprend à devenir citoyen, à être une personne instruite et éclairée. Tous les jours, les policiers sont sur le terrain pour interpeller ces dealers. C’est vrai que le combat est long et très dur."

Mais "la réponse policière seule ne suffit pas", prévient Matthieu Valet. "On a besoin de l’école, des éducateurs, et aussi des parents", ajoute-t-il. Et cette violence liée au trafic de drogue se répand. "C’est sous tension, il n’y a plus aucun territoire qui est épargné, assure-t-il. Avant, on croyait que c’était limité aux grands quartiers nord de Marseille, aux quartiers lyonnais, de la banlieue parisienne ou lilloise. Maintenant, il y a Cavaillon, Avignon… Plus aucun territoire n’est épargné."

(*) Les prénoms ont été modifiés

LP avec Martin Cadoret et Siam Spencer