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Plus de 91% des candidats ont eu leur bac avant les rattrapages: le bac 2020 a-t-il été "bradé"?

Avec ce taux de réussite exceptionnel, les professionnels de l'Education s'interrogent sur la suite de la scolarité des nouveaux bacheliers.

Plus de 9 candidats sur 10 ont eu leur bac cette année: un "record"! 91,5% des 740.000 candidats l'ont eu du premier coup, un record absolu pour cette session exceptionnelle, totalement bouleversée par la crise du coronavirus.

Ce taux est en hausse de 13,7 points par rapport à l'an dernier. Il faut s'attendre à un taux de réussite final encore plus élevé, après les oraux de rattrapage, qui auront lieu de mercredi à vendredi. Le précédent record datait de 2016 avec un taux de réussite final de 88,6%. 

En raison de la crise sanitaire et du confinement, cette année, les candidats n'ont pas passé d'épreuves: ils ont été évalués en contrôle continu sur la base des moyennes des deux premiers trimestres. Des moyennes qui ont été arrondies à l'unité supérieure puis harmonisées par des jurys pour gommer les écarts entre les établissements.

"Bizarreries"

Reste une question: faut-il considérer ce bac 2020 comme un "sous-bac"? Non, réplique Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées et des collèges:

"Ce bac a du sens dans l'idée que nous étions dans une situation totalement unique, il fallait trouver une solution. On a trouvé celle du contrôle continu. On voit bien qu'en temps normal, ce n'est pas la bonne puisque ça provoque des bizarreries". 

Plus de 90% d'admis avant rattrapage - avec certains qui avaient 7 ou 8 de moyenne -: pour Michel Fize, sociologue spécialiste de l'éducation, ça n'a pourtant aucun sens.

"Quand un examen arrive à des taux qui frôlent les 100%, il n'a plus de valeur d'examen. Ce n'est pas grandir la jeunesse: la vie est faite d'examens. On ne peut pas laisser penser que dans le milieu du travail, vous aurez une carrière sans effort".

Ils seront donc bien plus nombreux à venir garnir les bancs de l'université à la rentrée prochaine, et c'est ce qui inquiète Gilles Roussel de la conférence des présidents d'Université: "Entre juillet et septembre, il est très difficile de créer des places, trouver des enseignants, des locaux... Je crois qu'on est arrivé aux limites du système". Et il faut rajouter une crainte, le taux d'échec à l'Université l'an prochain, alors qu'ils seront de nombreux bacheliers à débarquer sans être réellement prêts.

Thomas Chupin et Xavier Allain