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Profs en grève au collège Jules-Romains de Nice: "nous sommes usés par l'agressivité des élèves"

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Le collège Jules-Romains, en REP (Réseau d'éducation prioritaire), à Nice est au bord de la rupture. Depuis la rentrée, il y a eu 47 exclusions, 200 rapports pour incidents graves, 10 conseils de discipline et 1.500 heures de colle. Une situation intenable pour les profs de cet établissement qui sont en grève ce jeudi pour réclamer davantage de moyens.

Johann Peuffier est professeur de technologie au collège Jules-Romains et représentant du Syndicat national des enseignements de second degré (Snes):

"La violence n'est pas nouvelle. Les années précédentes, elle était un peu cachée, car on avait mis un couvercle dessus. Le chef d'établissement de l'époque avait mis une certaine pression sur les profs pour faire moins de rapports, mettre moins d'heures de retenue. Les gamins comprennent vite le fait que quand ils font des bêtises, ils ne sont pas sanctionnés. La pression monte, ils se permettent de plus en plus de choses, ils repoussent les limites.

L'année dernière a déjà été très difficile. Personnellement je ne me suis jamais fait agresser. Mais encore hier, j'ai eu une élève qui m'a dit que mes cours étaient 'pourris'. C'est constamment de l'irrespect et de l'insolence franche et directe. Il n'y a plus aucune retenue des élèves. Chaque année, des collègues se font bousculer ou agresser.

"Des regroupements de 300 élèves"

Car cette année, on a eu des regroupements d'élèves: 300 élèves qui vont aller taper un autre élève. Et quand l'équipe de vie scolaire s'interpose, il y a un effet de masse et ils se prennent des coups.

Nous avions prévu une grève le 27 avril suite à un énième incident. C'était la goutte d'eau. Avec des collègues, on s'est dit qu'il fallait arrêter. Nous avions exercé notre droit de retrait. L'inspection académique a mené un audit, donc on avait repoussé la date de la grève. Mais nous n'avons eu aucune réponse, alors nous faisons grève ce jeudi.

Nous réclamons du personnel supplémentaire. Il y a une telle agitation, il y a tellement de cas à gérer que le personnel de vie scolaire doit être sur tous les fronts, c'est très usant pour eux. Mais nous, les profs, sommes aussi usés par cette agressivité permanente.

Certains se mettent en arrêt maladie pour se préserver, mais l'établissement se retrouve en sous-effectif et ça devient ingérable. Avant, nous avions des adultes-relais qui aidait l'équipe. Et du jour au lendemain, leurs postes ont été supprimés.

"La valeur travail n'est plus du tout reconnue"

Ce qui nous désole, c'est qu'aujourd'hui, les élèves ne comprennent plus le sens même du travail. On ne les fait plus redoubler, donc la valeur travail n'est plus du tout reconnue. Même les parents s'en désolent. Mais le système n'en a plus rien à faire.

Nous avons de moins en moins de solutions pour gérer des élèves qui ont des problèmes personnels, psychologiques ou comportementaux. Donc la classe devient une vaste cour de récré dans laquelle on a de plus en plus de mal à essayer d'intéresser les élèves. Et de toute façon comme il y a une constante agitation dans la classe, ils ne peuvent même pas se concentrer.

Plusieurs collègues se sont mis en arrêt. Mais personne ne veut aller en Réseau d'éducation prioritaire. Donc on a des vacataires qui se retrouvent là alors qu'ils n'ont pas la formation pour gérer ce type de classe. Et c'est aussi très compliqué pour eux. Ils font deux jours et s'en vont. C'est bien de gagner sa croûte mais si c'est pour se faire insulter, ça ne vaut pas le coup vu la paie qu'ils ont. Beaucoup renoncent. Et nous devons gérer avec les moyens que l'on a".

Propos recueillis par Paulina Benavente