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"Quand je vois la police j'ai peur": cinq mois après l'interpellation polémique des lycéens de Mantes-la-Jolie, l'émotion reste vive

A Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, 153 personnes ont été arrêtées le 6 décembre dernier après des incidents devant un lycée de la ville. Les images ont fait le tour des réseaux sociaux. Plus de cinq mois après cette interpellation polémique, les lycéens vont être entendus par l'IGPN.

Cette vidéo avait suscité l'indignation. 151 lycéens, alignés et agenouillés, les mains derrière la tête, encadrés par des forces de l'ordre à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines. C'était le 6 décembre.

Ce lundi, ces lycéens seront entendus par l'IGPN, la police des polices. Ce sont les premières auditions et elles auront lieu jusqu'à mercredi. L'association SOS Racisme s'est constituée parties civile. Un collectif de Défense des Jeunes du Mantois a été créé et sera aussi partie civile.

"J'ai peur qu'ils me contrôlent, qu'ils me maltraitent"

Plus de 5 mois après les faits, l'émotion est toujours aussi vive à Mantes-la-Jolie: les lycéens et parents d'élèves veulent que leurs voix se fassent entendre. Oded a 17 ans, il est en première et depuis le 6 décembre, il va en cours la boule au ventre, par crainte d'être arrêté par la police.

"Quand je vais à l'école si je vois la police j'ai le cœur qui bat. Si je vois par exemple une petite voiture de police j'ai peur! J'ai peur qu'ils me contrôlent, qu'ils me maltraitent".

Le jeune homme a porté plainte après son interpellation. Mais depuis 5 mois, c'est silence radio du côté de la police. Il attend d'être enfin entendu: "Je veux juste qu'on soit écoutés en fait, et qu'ils réalisent que ce qu'ils ont fait à nous bah c'était pas bien. C'est de l'injustice, c'est pas bien".

"On est entre mamans et on se serre les coudes et puis on veut aller au bout, on lâchera pas"

Un collectif de défense a été créé par les mamans de ces lycéens. Myriam est l'une d'entre elles. Et aujourd'hui, elle a besoin de réponses.

"On se dit comment ils vont grandir avec ça? Comment ils vont voir l'avenir? Y'a eu une fracture en fait. On est désemparés face à ça, on n'est pas aidés. On est entre mamans et on se serre les coudes et puis on veut aller au bout, on lâchera pas. Parce qu'il est là le but aussi: c'est de construire quelque chose de meilleur parce qu'on en a marre. On se dit plus jamais ça, on veut autre chose".

"Pour avancer dans la vie il faut que j'oublie ça"

Les premières auditions commencent dès demain à l'IGPN, la police des polices, pour seulement 6 lycéens sur 150. Yasser lui, attend toujours sa convocation. Le jeune homme en 1ère ST2S espère être enfin entendu pour donner sa version des faits, et éviter que de telles situations se reproduisent.

"J'ai envie que justice soit faite. Il y a beaucoup beaucoup beaucoup de bavures policières qui sont faites dans les quartiers populaires qui n'ont pas été mises en lumière. Nous, on a la chance d'avoir été mis en lumière grâce au policier qui a filmé. Je veux que ça cesse. Je vais continuer, je ne vais pas lâcher. Je vais continuer pour avoir un avenir meilleur. Pour avancer dans la vie il faut que j'oublie ça. Il ne faut pas rester sur ça, c'est débile, ça ne sert à rien".
Margaux Boddaert (avec Caroline Petit)