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Radicalisation politique et religieuse: une enquête auprès de 7000 lycéens français inquiète

Jean-Jacques Bourdin recevait Anne Muxel, directrice de recherche au centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), qui a mené l'enquête La Tentation radicale.

C'est une étude qui ne manquera pas de faire réagir. Dans La tentation radicale, les sociologues Anne Muxel et Olivier Galland ont mené une grande enquête auprès de 7.000 lycéens pour mieux comprendre leur rapport avec l'actualité et notamment la radicalité.

Parmi les adolescents interrogés, 1750 sont musulmans. "Cette enquête s'inscrit dans l'appel par le président du CNRS après les attentats du Bataclan, le 13 novembre 2015, pour solliciter des travaux, pour comprendre ce qu'il est train de se passer. Nous avons proposé, avec Olivier Galland, de faire un travail sur le halo de radicalité qui peut exister aujourd'hui, dans la jeunesse française et notamment sur des segments où d'habitude, il est difficile de travailler. C'est pour cela que nous avons considéré qu'il fallait un échantillon de jeunes musulmans" a expliqué Anne Muxel sur RMC. 

Un quart des lycéens ne condamnent pas "totalement" les attentats 

L'enseignement réalisé grâce aux questionnaires distribués et des débats organisés dans des lycées de quatre académies est sans appel: un quart des personnes interrogées ne condamnent pas totalement les attentats contre Charlie Hebdo et le Bataclan.

"Ceux qui ne disent pas qu'ils condamnent totalement représente environ un quart des lycéens. Pour se justifier, ils mettent en avant la question du respect, et tout particulièrement contre Charlie Hebdo, de la différence, de la religion. Et ce qui est intéressant, c'est qu'ici, la notion de respect prend le pas sur la liberté d'expression" remarque Anne Muxel. Ainsi, selon l'étude, 80% des lycéens interrogés considèrent qu'on ne peut pas se moquer des religions. "Cette valeur de respect prend le pas et organise bon nombre de leur attitude face à des faits de société, de leur valeur" analyse la sociologue avant d'indiquer que cette "radicalité de rupture concerne un à deux lycéens sur 10". 

Autre chiffre inquiétant: "20% des ados déclarent acceptable de se battre armes à la main pour défendre leur religion" selon cette enquête. "La radicalité n'est pas que l'apanage des jeunes lycéens musulmans" rappelle toutefois la sociologue face à Jean-Jacques Bourdin.

Jean-Jacques Bourdin et X.A