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Une mythomane maladive se fait passer pour une institutrice, les parents d’élèves en colère

Mythomane maladive, diagnostiquée schizophrène depuis dix ans, Samantha Avril (38 ans) multiplie les usurpations d'identité. La dernière en date? Elle a réussi à être embauchée en tant qu'institutrice remplaçante et a fait classe à des élèves de CP-CE1. Sans diplôme, elle est restée six jours avec eux. De quoi provoquer la colère des parents.

Comment une personne sans diplôme dans l'enseignement, qui multiplie les usurpations d'identité dans plusieurs domaines, peut se retrouver devant une classe avec des enfants? À Taponas (Rhône), une "fausse" enseignante a réussi à se faire embaucher comme institutrice remplaçante, et a fait classe, pendant six jours, à des élèves de CP-CE1.

C'est à la réception de son casier judiciaire que la supercherie a été découverte. La situation révolte les parents, d'autant plus que Samantha Avril, 38 ans, est considérée par les experts psychiatres comme "mythomane maladive". Elle est diagnostiquée schizophrène depuis dix ans et d'après son avocat, "elle entend des voix qui lui disent d'aider les autres".

"Ça aurait pu être un pédophile"

Pour Virginie, mère d'un enfant présent dans la classe, c'est incompréhensible. "Ça sort d'où ça? Est-ce qu'on est dans un téléfilm?", s'interroge-t-elle. Aucun incident n'aurait eu lieu, mais difficile de ne pas s'imaginer le pire. "Ça aurait pu être un pédophile, un pervers sexuel, pourquoi pas un djihadiste ou on ne sait quoi d’autre", ajoute Virginie. Une inquiétude partagée par Marie, parent d'élève également.

"À 10h au téléphone, on m’a dit 'assieds-toi, il y a quelque chose de grave', je me suis dit "qu’est-ce qu'elle a fait à mon gamin?".

Les parents des 22 élèves de la classe ont pu s'expliquer avec l'inspectrice académique de la zone ce jeudi. Rassurés, ils n'en sont pas moins en colère. Virginie attend des "excuses et qu'ils reconnaissent qu'ils ont merdé".

Certains vont porter plainte, comme Marie. L'académie du Rhône affirme que les procédures de recrutement ont été respectées et que cette situation vient du fait que le casier judiciaire est arrivé tard.

De nombreuses tromperies pour cette femme

"À partir de cet exemple-là, nous ferons tout pour que cette expérience, que je regrette, ne puisse pas se reproduire", souligne Philippe Carrière, directeur académique du Rhône. "Il suffit d’attendre, pour les enseignants contractuels que nous recrutons, d'avoir toutes les pièces" avant de les mettre face aux élèves.

Cette femme n'en est pas à son coup d'essai. Elle a déjà été condamnée à quatre mois de prison avec sursis pour avoir tenté de se faire passer pour une infirmière grâce à un faux diplôme acheté sur internet.

Plus grave encore, il y a deux ans, elle a exercé comme médecin généraliste dans un centre de santé de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) et deux de ses patients sont morts. Malgré sa mise en examen et ses quelques mois en détention, elle a continué sur ce chemin. Toujours avec de faux documents, elle a vainement tenté d’entrer à l’université de Bourgogne.

C'est donc ensuite dans cette école de Taponas qu'elle a continué sa tromperie. En plus des parents, l'académie a porté plainte et une procédure de licenciement est en cours. En attendant, un arrêté de suspension a été pris.

Vincent Chevalier et Guillaume Biet