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En hausse de 75%: malgré les promesses d'Emmanuel Macron, le nombre de collaborateurs ministériels explose

Le nombre de collaborateurs de ministres a explosé sous le quinquennat d'Emmanuel Macron malgré ses promesses. Ces collaborateurs travaillent souvent à un rythme infernal.

C’est une promesse qui n’a pas été tenue. Emmanuel Macron voulait fortement réduire la taille des cabinets ministériels. Finalement, il y a renoncé. Et c’est assez classique. Les présidents promettent d’avoir moins de ministres et moins de collaborateurs de ministres, une façon de montrer qu’ils sont soucieux d’économiser l’argent des contribuables. Puis en cours de mandat, ces bonnes résolutions s’envolent. 

Emmanuel Macron ne déroge pas à la règle. Il voulait un gouvernement resserré. Finalement avec Jean Castex, il a nommé 30 ministres. C’est le record sous la 5eme république. Et pour les collaborateurs des ministres, on est passé de 324 à 570, selon les calculs du "Monde", soit une hausse de 75%. C'est à dire à peu près autant que sous Nicolas Sarkozy et François Hollande. 

Pas seulement pour faire des économies

Si Emmanuel Macron voulait moins de membres de cabinet ministériels, ce n’était pas seulement pour faire des économies. C'était aussi une philosophie. Il souhaitait que les ministres s'appuient sur les hauts fonctionnaires plutôt que sur des collaborateurs à leurs ordres. Cela impliquait que les directeurs d’administration centrale soient en accord avec la ligne politique et qu’ils soient remplacés quand ce n’est pas le cas.

Un peu comme aux Etats-Unis avec le "spoil system". C’est cette petite révolution qui a échoué… On est resté avec ce fonctionnement français qui donne le vrai pouvoir aux membres des cabinets ministériels. Les 500 personnes qui font tourner la machine de l'État…

Que font les collaborateurs?

Ces collaborateurs de ministres font un métier de chien. Ils gèrent tout, ils préparent les lois, accompagnent les déplacements, assurent l’interface entre le ministre et son administration. Cela exige une disponibilité complète. Un directeur de cabinet arrive toujours au bureau avant 8 heures et n’en repart jamais avant 23 heures. Récemment, une membre du cabinet de Jean Castex a fait cette blague sur Twitter: "On arrive tellement tôt et on part tellement tard qu'on va finir par se croiser nous-même"…

"C’est exaltant" assurait mercredi une de ces petites mains du pouvoir à RMC. On travaille pour le pays, on est au cœur de la machine, on forme une équipe, on déjeune ensemble à la popote, on a plus de vie privée mais on vit une aventure… 

Ça c'est quand ça se passe bien. Quand ça se passe mal, cela donne des burns out, des divorces, des dépressions. Personne ne tient plus de quelques années. 

Une organisation longtemps opaque

Jusqu'à la fin des années 90, les conseillers étaient très mal payés, mais ils touchaient tous les mois une enveloppe en liquide. Tous les chefs de cabinets allaient chercher du cash à Matignon, prélevé sur les fonds secrets. C’était le travail au noir, au plus haut niveau de l’Etat. 

Tout cela est terminé et au contraire tout est désormais transparent. Les membres des cabinets doivent déclarer leur patrimoine en entrant en fonction et en quittant leur poste. Et on connaît leur salaire. Ils s'élèvent en moyenne à 8.141 euros bruts. C’est une moyenne. Au ministère des Finances c’est plutôt 12.000 euros, c’est à dire plus que leurs patrons puisque les ministres gagnent tous 10.100 euros par mois.

Un métier qui mène à tout

Emmanuel Macron a nommé ministres beaucoup d'anciens membres de cabinet ministériel. Gabriel Attal, Cedric O, Benjamin Griveaux, Marlène Schiappa, Sibeth Ndiaye, Elisabeth Borne ont tous travaillé dans des cabinets ministériels. 

Manuel Valls, Benoît Hamon, Anne Hidalgo, aussi. Emmanuel Macron a travaillé au cabinet de François Hollande qui lui-même était issu du cabinet de François Mitterrand. C’est donc bien un métier qui mène à tout à condition d’en sortir.

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Nicolas Poincaré