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Encadrement des loyers: "En France, dès qu'on est propriétaire on est un escroc"

Des toits de Paris (photo d'illustration).

Des toits de Paris (photo d'illustration). - Fred Dufour - AFP

Selon une étude de l'association de consommateurs CLCV publiée ce mardi, la moitié des logements proposés à la location sur les sites d'annonces entre particuliers ne respectent pas l'encadrement des loyers et sont trop chers. RMC.fr a contacté un propriétaire parisien qui dépasse allégrement le plafond imposé par l'encadrement des loyers.

Le propriétaire que RMC.fr a contacté (il souhaite rester anonyme) loue deux appartements à Paris. L'un de ses appartements, situé dans le 9e arrondissement, est un studio de 16 mètres carrés non meublé qu'il loue 750 euros par mois (charges comprises). Selon le ministère du Logement, pour respecter l'encadrement des loyers, il devrait le louer au maximum 453 euros (hors charges).

"L'encadrement des loyers? On est très mal informés et c'est très compliqué. On ne tient pas du tout compte de l'état réel des appartements et de sa vraie rentabilité, ni des charges. Il y a toutes les normes imposées, notamment la remise aux normes des ascenseurs qui a coûté une blinde, les ravalements… Un jour j'ai fait un calcul de rentabilité, on était sur du 1%. Le Livret A est à 0,75%, alors si on trouve que 1% c'est une très grosse rentabilité… Et puis si on a le malheur de faire des plus-values, on va être encore plus taxé. Ce n'est pas avec ça qu'on devient riche. De toute façon dès que quelqu'un est propriétaire dans ce pays, c'est un escroc.

"Les appartements anciens coutent cher en entretien"

Il ne faut pas oublier que les appartements anciens coûtent cher en entretien pour les propriétaires. Les systèmes de chauffage sont anciens: il faut changer les chaudières et enlever la boue dans les canalisations. Et puis certaines entrées d'immeubles sont en mauvais état à cause des gens qui n'en prennent pas soin. Dans l'appartement que je loue dans le 15e, la porte d'entrée et toutes les boîtes aux lettres ont été saccagées, et derrière vous payez la remise en état. Encore une fois, est-ce qu'on raisonne en rentabilité réelle? Non, pas du tout. On regarde un prix de façade et on décide.

Et vous savez, les appartements que vous louez, il faut s'en occuper. Il faut les faire visiter, il y a des problèmes avec des locataires qui ne paient pas… Ça m'est arrivé une fois, ça prend du temps, c'est des soucis et ce n'est pas la vocation d'un particulier de faire des recouvrements. L'État va vous dire qu'il peut se substituer et se porter garant pour le locataire, mais je peux vous assurer que quand on rentre dans ce type de démarches avec l'État, c'est très compliqué.

"Les propriétaires ne sont pas forcément des multinationales"

Au lieu de vouloir freiner les gens qui ont voulu épargner un peu, avec des biens pour lesquels ils paient des impôts non-stop, il faudrait se demander si quelque part on n'est pas en train de les décourager d'investir dans la pierre, et si l'État et les collectivités locales sont en capacité de construire ce qu'il va manquer? Sauf qu'ils sont incapables de le faire aujourd'hui puisque l'État n'a plus d'argent et que les collectivités locales sont très endettées.

Alors on encadre les loyers, mais vu que la chose publique n'est pas capable de faire le boulot, c'est au particulier propriétaire de se sacrifier pour pouvoir accéder à un prix qu'ils jugent, eux, raisonnables. Il ne faut pas oublier qu'on s'adresse parfois à des gens qui ont essayé d'économiser pour améliorer l'ordinaire quand ils seront en retraites. On ne s'adresse pas forcément à des multinationales qui possèdent 25 appartements".

Propos recueillis par Philippe Gril