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"Expliquez-nous": les "gilets jaunes" vont-ils perturber les Journées du patrimoine?

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Les "gilets jaunes" ont prévu un rassemblement national à Paris. Rassemblement qui pourrait perturber les Journées du patrimoine.

C’est l’épisode 45 des "gilets jaunes" avec comme chaque semaine une ville choisie pour être le lieu de convergence. Et demain c’est effectivement Paris. Paris où il est aussi prévu une manifestation de Force Ouvrière contre la réforme des retraites et une marche pour le climat. Ça fait beaucoup.

Les autorités craignent que les "gilets jaunes" et les black blocs se mêlent à ces deux manifestations. Voire qu’ils arrivent à se glisser parmi le public des Journées du patrimoine. On imagine l’effet désastreux d’un groupe de "gilets jaunes" qui arriverait à se photographier dans le bureau du président à l’Elysée, ou dans celui du ministre de l'Intérieur ou même dans l'hémicycle de l’Assemblée.

Des appels à venir "casser les palais de la République"

Le Canard Enchaîné indiquait mercredi que les services de renseignement s'inquiètent, qu’ils ont par exemple intercepté des appels à venir "casser les palais de la République". Devant le risque, le préfet de police de Paris a plaidé pour une annulation pure et simple des Journées du patrimoine mais il n’a pas été suivi.

Finalement, seulement quelques ministères ont décidé de rester fermés. Les ministères de l'Education, de l’Agriculture, de la Santé, des Relations avec le parlement. Plus à cause de leur localisation qu’à cause de ce qu’il représente.

Quelques bâtiments proches des Champs-Elysées ont renoncé comme le Petit et le Grand palais. La préfecture de police n’ouvrira pas ses portes non plus. C’était prendre le risque de laisser entrer des manifestants au cœur de l’appareil policier. Enfin des lieux aussi sensibles que l’Elysée ou le ministère de l'Intérieur seront ouverts au public mais uniquement à ceux qui se sont inscrits en ligne en laissant leur identité, ce qui limite les risques.

16.000 monuments ouverts au public

Mais pour le reste, les Journées du patrimoine devraient se dérouler normalement. Elles sont devenues au fil du temps un très grand succès populaire. 12 millions de Français y ont participé l’an dernier, un million et demi rien qu’en Ile-de-France.

16.000 monuments sont ouverts au public samedi et dimanche dans toute la France. 16.000 ouverts et seulement quelques dizaines fermés. Les Journées du patrimoine auront bien lieu ce week-end.

A Paris, un très gros dispositif de sécurité a été prévu. Le ministère de l'Intérieur n’a pas communiqué sur les moyens déployés mais les syndicats ont annoncé que 70 unités de CRS ou de gendarmes mobile étaient mobilisés. C’est considérable, c’est plus que le 1er décembre dernier lorsque l’Arc de Triomphe avait été vandalisé et que l’on avait compté 300.000 manifestants dans toute la France.

Demain combien seront-ils? Je ne suis pas Madame Soleil, mais les deux derniers samedis n’ont pas montré de fortes remobilisations. Les rassemblements nationaux de Nantes samedi dernier et de Montpellier le samedi d’avant n’ont mobilisé qu’environ 3.000 personnes. Et je retiens les chiffres des organisateurs, pas ceux de la police.

A Nantes comme à Montpellier, il y surtout eu des casseurs ce qui donne toujours des images spectaculaires à la télévision, mais on était très loin des violences de l’hiver dernier.

Est-ce que ça veut dire que ce mouvement se termine? On ne peut pas le dire. Les chiffres sont là, il y a de moins en moins de monde dans les rues le samedi, mais sur les réseaux sociaux, la colère semble intacte. La radicalité n’a pas disparu.

Emmanuel Macron, devant les parlementaires en marche lundi soir a parlé "d’une crise politique et sociale profonde qui a exprimé ce qui existe depuis des décennies".

Si cette colère est effectivement aussi ancienne et aussi ancrée, il y a peu de chance qu’elle se soit évaporé avec l’été. On verra demain comment cela se traduit dans la rue.

Nicolas Poincaré