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Guerres du futur: pourquoi la France craint de ne pas pouvoir y faire face

Le chef d'Etat-major des armées, le général Lecointre a tenu devant les députés un discours très alarmiste récemment. Il a détaillé les futures crises qui nous menacent, et il a expliqué que l’on risque de ne pas pouvoir y faire face. D'après lui, nous n’avons plus "d'armée de guerre".

C'est un exercice très classique. Le patron de l'armée vient régulièrement devant les parlementaires et explique généralement que le monde est de plus en plus dangereux et que l'armée française manque de moyens. Exercice délicat parce que le chef d'Etat-major est tenu par un devoir de réserve et de loyauté envers le Président. Mais il est aussi tenu de répondre franchement aux questions des parlementaires qui représentent le peuple.

Il y a deux ans et demi, le prédécesseur du général Lecointre, le général de Villiers avait dérapé lors de l’exercice. Il avait contesté les économies qu’on lui demandait en disant: "Je ne me laisserai pas baiser comme ça". Le lendemain, Emmanuel Macron l’avait recadré en public en disant: "Je suis le chef", et le général de Villiers avait dû démissionner.

Et c’est donc dans ce cadre que le général Lecointre s’est exprimé. En fait, c'était en novembre dernier, mais le secret a bien été gardé. Ce n’est que cette semaine que le script de l’entretien a été publié par l’Assemblée.

"L'ensauvagement du monde"

Et c’est tout a fait passionnant. Calmement mais sans langue de bois, le général décrit ce qu’il appelle "l’ensauvagement du monde". Le monde toujours plus instable à cause des tensions ethniques, religieuses, économiques, climatiques. L’armée française doit donc se préparer à faire face à quatre types de conflits ou de crises:

-Le terrorisme.

-L’effondrement d’un Etat: c’est ce qui avait failli se passer au Mali, lorsque la capitale allait être prise par des terroristes. Et ça peut se reproduire au Sahel.

-Un risque de guerre contre des puissances émergentes. Les anciens empires qui reviennent décomplexés comme l’Iran ou la Turquie.

-Une guerre classique, à l’ancienne, bloc contre bloc, avec des puissances qui y consacrent toute leur capacité et toute leur richesse. Le général ne cite personne mais on peut penser à la Chine ou à la Russie.

La France ne serait plus en mesure de faire une guerre classique

C’est là que le discours devient très inquiétant. D'après le patron des armées françaises, nous n’avons plus "d'armée de guerre". Nous avons une armée pour gérer les crises, pas pour faire la guerre. Ce qui est embêtant pour la 5e puissance militaire mondiale.

Notre armée a été déconstruite après la chute du mur de Berlin. On a touché les dividendes de la paix et coupé dans les budgets. "Il faut penser à reconstruire une armée capable de faire la guerre", affirme le général Lecointre.

Il donne l’exemple de la Marine et explique qu'actuellement il est obligé d’avoir un destroyer en face de la Syrie, un dans le golfe persique, un en mer de Chine, un à Brest, un en face de la Russie dans l’Atlantique-nord, et il n'y a pas assez de frégates de premier rang pour faire face, alors que nous sommes en temps de paix. Imaginons en temps de guerre.

La guerre des étoiles c'est pour quand ?

Le chef d’Etat-major a évoqué les terrains de guerre du futur. Par exemple la guerre sur internet, dans le cyber-espace. Et le général Lecointre s'inquiète de l’apparition d’acteurs privés plus puissants que certains états. Ce sont les GAFA, les Google, Apple ou Facebook qui sont donc désormais désignés comme de potentiels ennemies. L’autre terrain de guerre c’est l’espace. Avec peut être un jour des satellites armés.

En attendant le général s'inquiète aussi de la guerre Low-cost. Il cite l’attaque d'installations pétrolières en Arabie Saoudite l’an dernier. Attaques incroyablement précises, réalisées avec des drones porteurs de bombes qui ont parcouru plusieurs centaines de kilomètres dans le désert avant de détruire des puits de pétrole.

Ces drones, révèle le général, ont été assemblés à partir de pièces que chacun peut acheter sur Internet. C’est très inquiétant. Il va aussi falloir revoir nos moyens de défense.

Voilà donc tout ce que le chef d’Etat-major a dit aux députés, pour je cite, "les sensibiliser au retour du fait guerrier". Dans ce monde qui s’ensauvage.

Nicolas Poincaré