RMC

Il croyait être né sous X à cause d'une erreur: 20.000 euros accordés à un homme de 65 ans

Jean-Pierre Vidal, 65 ans, avait tenté à plusieurs reprises de se renseigner sur l'identité de ses parents biologiques, mais l'administration lui avait assuré, par erreur, qu'il était né sous X. L'Etat et le Conseil départemental du Cantal ont été condamnés à lui verser 20.000 euros. Une somme qu'il juge insuffisante.

Une réparation qui ne comblera pas un manque de toute une vie. Après trois ans de procédure, l'Etat et le Conseil départemental du Cantal ont été condamnés à verser respectivement 15.000 et 5.000 euros à Jean-Pierre Vidal au titre du préjudice subi pour avoir cru, toute sa vie, être né sous X, alors que ce n'était pas le cas. C'est à 62 ans qu'il apprend l'existence de sa mère biologique, qui l'avait autorisé à la contacter dès ses 18 ans, mais qui est décédée en 1996.

Une erreur administrative lui a coûté son enfance et une potentielle réunion avec sa mère. A 65 ans, Jean-Pierre Vidal poursuivait l'État et le département au civil pour obtenir 400.000 euros de réparation.

"C'est une satisfaction pour la condamnation, mais une insatisfaction pour la réparation. Elle n'est pas à la hauteur des dommages de toute une vie", a réagi son avocat, maître Jacques Verdier, après avoir pris connaissance de la décision lundi soir.

Ses interlocuteurs à la DDASS lui assurent à plusieurs reprises être né sous X

Né le 4 septembre 1956 à Saint-Flour (Cantal), Jean-Pierre Vidal a été abandonné par sa mère, en proie à des difficultés financières, puis placé chez une nourrice. Vers l'âge de 8 ans, il découvre que cette nourrice n'est pas sa mère biologique. Il multiplie alors les familles d'accueil, avant d'être déplacé de foyer en foyer puis de se retrouver à la rue dès 16 ans.

Il tente à plusieurs reprises de se renseigner sur l'identité de ses parents, mais ses interlocuteurs à la DDASS, ancêtre de l'ASE (Aide sociale à l'enfance), lui assurent qu'il est né sous X et n'a donc pas le droit d'accéder à son dossier.

En 2019, une inspectrice intriguée par son dossier saisit le Conseil national pour l'accès aux origines (CNAOP) et la réponse tombe: l'identité de sa mère biologique n'est pas couverte par le secret. Mais c'est trop tard. Sa mère est décédée d'un cancer des années plus tôt, en 1996.

"C'est la somme qui nous avait été proposée au début, dans un règlement à l'amiable"

A l'audience début février, son avocat avait dénoncé une "faute", pointé la "malveillance d'un certain nombre de personnes de l'administration", et évoqué "un préjudice hors norme".

Les défenseurs de l'État et du département - qui a récupéré dans les années 80 la compétence de la protection de l'enfance - avaient reconnu une responsabilité mais rejeté toute malveillance, appelant à évaluer justement ce préjudice.

Joint au téléphone par l'AFP, le plaignant a fait part de sa déception et annoncé son intention de faire appel: "C'est la somme qui nous avait été proposée au début, dans un règlement à l'amiable. (...) Je ne peux pas accepter. Il y a quand-même du dégât...".

La rédaction avec AFP