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Interdire la "journée burkini" dans un parc aquatique privatisé? "Il faut un motif d'atteinte à l'ordre public"

Peut-on interdire la manifestation organisée dans une piscine privatisée et au cours de laquelle le burkini est autorisé? Le maire de Pennes-Mirabeau, commune sur laquelle doit se dérouler cette journée entend le faire. Mais pour l'avocate Nadia Ben Ayed, le fondement du trouble à l'ordre public paraît peu tenable.

La journée organisée au "Speed water park" de Pennes-Mirabeau par l'association Smile 13 est une "provocation totalement inutile" pour le maire de la commune. Dans un flyer notamment relayé sur les réseaux sociaux, l'organisateur précise que cette journée dans le parc aquatique privatisé est réservée aux femmes et aux enfants, jusqu'à 10 ans pour les garçons. "Exceptionnellement le parc autorise la baignade en burkini et jilbeb de bain", ajoute l'annonce. Des tenues interdites en temps normal. 

L'annonce a suscité la polémique et fait réagir élus locaux et nationaux. Michel Amiel, maire divers gauche de la ville entend prendre un arrêté municipal pour interdire l'événement.

"Je vais prendre un arrêté municipal au titre que cette manifestation peut troubler l'ordre public dans un lieu somme toute public, même si sur le plan légal il est privé, je considère que c'est quelque chose qui relève d'un communautarisme que j'ai du mal à admettre en ce moment", indique-t-il. 

Un trouble à l'ordre public?

Sur le plan juridique, maître Nadia Ben Ayed, avocate spécialiste en matière de laïcité doute que l'arrêté d'interdiction du maire puisse tenir. La piscine a en effet été privée pour l'occasion.

"L'autorisation de plages horaires qui seraient réservées uniquement pour des femmes et qui serait justifiée par des considérations confessionnelles serait fragile d'un point de vue légal, donc attaquable. En revanche, s'agissant d'équipement strictement privés, à partir du moment où l'objet de l'association n'est pas contraire à l'ordre public, je ne vois pas quel serait le motif sur le fondement duquel cet événement pourrait être interdit", estime l'avocate sur RMC. 

Maître Nadia Ben Ayed nuance ce raisonnement juridique si toutefois cette "location a pour objet de détourner" la loi sur l'interdiction de la dissimulation du visage dans le cadre d'un événement où des femmes "auraient le visage couvert".

C. B