RMC

IVG: "Choquée par le comportement déculpabilisé de certains gynécos qui refusent de la pratiquer"

-

- - AFP

Il y a trois semaines, Emilie a décidé d'avorter. Une procédure qu'elle pensait simple et accessible. Alors que l'Assemblée nationale a adopté jeudi la proposition de loi socialiste visant à pénaliser les sites de "désinformation" sur l'IVG, cette jeune femme de 30 ans a réalisé que l'entrave à l'IVG n'existait pas seulement sur Internet.

"Je suis une jeune femme de 30 ans, indépendante, active. J'avais déjà effectué une IVG à l'âge de 23 ans. A l'époque je vivais dans le Sud et ça s'était déroulé de façon très normale. J'avais tout de suite contacté mon gynécologue qui m'avait prise en charge sans culpabilisation, sans remarque étrange. Il a procédé de façon normale, j'ai été accompagnée.

Donc 7 ans après je découvre que je suis enceinte à nouveau. Mon premier réflexe a été de faire un test de grossesse. Je contacte mon gynécologue qui était en congés mais me renvoie vers un gynécologue en clinique. Je contacte cette personne. Elle me dit d'abord qu'il ne les fait pas. Puis refuse de me donner d'autres contacts.

Il se met à réfléchir puis me propose de venir faire une échographie 'pour regarder tout ça', puis 'discuter ensemble'. Je lui ai dit que je savais ce que je voulais faire et que je n'avais pas besoin de son autorisation pour le faire. Je suis déjà au fait des choses et renseignée sur le sujet, je n'ai pas besoin de clarification sur ce qui est à faire ou pas à faire.

Ce qui était sous-entendu, c'est 'venez voir avec moi, voyons voir si je ne peux pas vous faire changer d'avis ou du moins vous culpabiliser'. Il faut savoir que quand on fait une IVG, selon la période, ils sont obligés de faire une échographie pour dater la grossesse mais en fait, en aucun cas la femme n'est obligée de regarder.

"J'ai passé une journée de dingue"

J'ai ensuite passé une journée à contacter des gynécologues. J'en ai appelé sept, des indépendants. Ils m'ont tous refusé l'IVG médicamenteuse. Les motifs ne sont pas expliqués. Un m'a dit 'écoutez je ne fais pas ce métier pour faire des IVG'. Je lui ai dit que ça faisait partie de ses missions de gynécologue et qu'il n'était pas à même de faire part de ces choses-là à ces patients.

J'ai passé une journée de dingue. Je suis un peu engagée du point de vue féministe, je suis bien dans mes baskets, à 30 ans, passer une journée comme ça, je me suis dit mais 'qu'est-ce que c'est que ça?'

Je n'ose même pas imaginer les jeunes gamines entre 18 et 20 ans, pas renseignées, pas sûres d'elles, qui prennent un annuaire et contactent six gynécos et se trouvent confrontées à ça.

J'ai été hyper choquée par le comportement déculpabilisé de ces gens-là qui m'ont juste dit 'non je ne le fais pas'. En échangeant avec d'autres gens je me suis rendue compte que ce genre d'expérience est assez courante.

L'élection de Fillon est pour moi une vraie crainte. Je ne pense pas qu'il puisse abroger la loi mais je pense que clairement la déculpabilisation de ces médecins va être encore plus grande. Avec un potentiel président qui assume cette position en raison de sa foi catholique, on sent que les gens sont déculpabilisés et que c'est normal de dire non. La crainte, c'est que les budgets pour le Planning familial soient réduits.

La gynécologue que j'ai finalement trouvée m'a dit que je n'étais pas la seule et qu'elle récupérait les 'pauvres âmes' qui ont été confrontées à une réalité assez désagréable et assez perturbante. Elle m'a dit qu'il y avait des périodes où elle ne faisait que des IVG. Qu'elle recevait des femmes assez déstabilisées qui se culpabilisent".

Propos recueillis par Paulina Benavente