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L'antisarkozisme fait perdre la raison

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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Quel est le point commun entre les différents épisodes du feuilleton des «affaires» et des mises en cause de proches du président de la République par la justice ? Réponse: l'antisarkozisme.

A lire les journaux et à écouter la quasi-totalité des médias depuis une semaine, on pourrait avoir le sentiment que les juges sont aux portes de l’Elysée, comme ils l’ont été sous la présidence de Jacques Chirac ou même sous François Mitterrand. La réalité, c’est qu’on en est très, très loin. Nicolas Sarkozy n’est directement impliqué dans aucune des affaires dont il est question. L’Elysée l’a dit dans un communiqué mais personne n’en tient compte – on en tient moins compte que des élucubrations ou incantations de n’importe quel avocat ou intermédiaire, pour peu qu’il crie à l’affaire d’Etat. Ce qui révèle deux choses : La première, la parole présidentielle ne vaut plus très cher. Deuxièmement, l’hystérie anti-sarkoziste couvre tout, écrase tout.

On ne peut pas négliger qu'il y a des mises en examen, des mises en cause de gens qui sont des amis ou des collaborateurs de Nicolas Sarkozy ?

Bien sûr. Mais la rigueur oblige à dire qu’aucun d’entre eux n’est poursuivi ou impliqué à raison de ses relations avec Nicolas Sarkozy. Ce qui est en cause dans l’affaire de l’attentat de Karachi, c’est le financement de la campagne d’Edouard Balladur en 1995 par un intermédiaire qui était lié à François Léotard. Et dans les dossiers Bettencourt, ce sont les recherches – certainement illégales – de magistrats et de policiers pour connaître les sources d’un journal (Le Monde) qui avait révélé une perquisition. Même si on allait jusqu’à penser que N. Sarkozy a donné lui-même l’ordre de faire ces recherches – ce serait fantaisiste, mais bon… – il n’y a pas le moindre élément pour le dire. Il reste que les interventions de l’Elysée sur le cours des « affaires », même si elles ne sont pas inédites sous la Vè République, ne sont pas admissibles dans un système réellement démocratique. Si elles sont démontrées, elles doivent être sanctionnées. J’ai bien dit : si elles sont démontrées.

Nicolas Sarkozy est-il victime d'une campagne orchestrée ?

Pas du tout. A la différence de ceux qui souvent l’accusent, je ne suis pas un obsessionnel du complot. Il est normal – classique, en tout cas – qu’à l’approche d’une présidentielle, la moindre affaire politique se change en scandale. Et Nicolas Sarkozy est une personnalité clivante, qui est capable d’agressivité mais qui suscite aussi l’agressivité. Ce qui apparaît, dans toutes ces affaires, ce sont des compromissions, graves entre l’intérêt public et des intérêts partisans, voire privés ; et peut-être des financements politiques illégaux. Dans le premier cas, on peut éventuellement retenir contre Sarkozy une responsabilité politique – mais sûrement pas pénale. Dans le second cas, pour l’instant, on ne peut rien retenir du tout.

Vous avez souvent été très critique à l'égard du procureur Philippe Courroye. Vous n'allez quand-même pas le défendre face aux journalistes du Monde ?

Si ce qui est rapporté est vrai, c’est-à-dire qu’il a effectivement fait recenser les communications téléphoniques des journalistes pour savoir qui les renseignait, c’est indéfendable – même s’il semble bien qu’il y ait un gros problème de procédure dans la plainte du Monde. Pour moi, ce procureur est le symbole d’un des aspects du sarkozisme : le zèle courtisan et le sentiment d’impunité qui, parfois, peuvent conduire à l’abus de pouvoir. C’est une dérive qui a toujours existé, en démocratie, quand le pouvoir est fort. Du coup, les antisarkozistes peuvent se rassurer : vu l’état actuel du pouvoir, il est probable qu’en ce moment, nos libertés sont moins menacées que jamais…

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce vendredi 30 septembre 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno